2006-02-24

Enquête : Les valises noires

© 2005, Enquête réalisée par Marie-Ève Cadieux

Jeudi 24 mars • Une mystérieuse affaire…

Un individu raconte avoir aperçu, dans la soirée du jeudi 24 mars dernier, un suspect dont l’apparence générale n’a pu être obtenue de façon précise hormis le fait qu’il transportait une valise noire. L’individu, qui a préféré rester sous le couvert de l’anonymat, affirme avoir trouvé le comportement du suspect plutôt étrange. Notre témoin explique ici l’événement : « J’attendais comme tous les matins l’autobus 81 au coin des rues Holmes et Watson près de chez moi et tout semblait normal dans ma journée jusqu’au moment où j’ai pénétré dans l’autobus (…) je l’ai tout de suite remarqué avec sa valise noire tout au fond de l’autobus. En fait, ce qui est étrange, c’est que j’ai un souvenir intact de la valise, mais très peu du suspect (…) je l’ai trouvé bizarre dans sa façon de se faufiler entre les gens qui occupaient l’autobus à ce moment-là. Il les a tous incommodés avec cette valise, puis il est finalement sorti à l’arrêt suivant ». Le témoin n’est pas la première personne à nous avoir rapporté ce type de comportement. De tous les témoignages que nous avons recensés, bien que les lieux aient été différents, le même type de valise suspecte était en cause. Mon expertise du domaine me permet pourtant d’affirmer aujourd’hui que ce fléau de la « valise noire » est en perte de vitesse avec l’accroissement étonnant des nouvelles technologies de l’information que connaît notre société, mieux connues du milieu sous le code TIC. C’est qu’avec tous ces témoignages et le phénomène de la « mondialisation » le gouvernement n’a eu d’autre choix que de prendre les choses en mains. Le Ministère a donc commandé une vaste enquête de son escouade TIC sur la question. Libérée maintenant du bâillon de non-publication, je vous révèle donc en exclusivité les dessous de « l’affaire des valises noires ».

Origine des valises

Tout comme le démontre le témoignage que nous vous avons présenté en début d’article par le témoin anonyme, les valises inquiètent et suscitent de nombreux questionnements quant à leur utilisation. Que contiennent-elles? Pourquoi sont-elles si grandes? À quelles fins les utilisent-on? L’escouade TIC a dû procéder à la filature de suspects pour élucider l’affaire. En effet, plusieurs individus ont été suivis dans leurs déplacements avec leur valise. L’enquête a tôt fait de révéler qu’il s’agissait bien d’un trafic. Mais que trafiquait-on? Les rapports nous permettent d’établir que, dans chacun des cas, il s’agissait d’individus ne possédant pas d’antécédents criminels et que tous agissaient dans l’indifférence. Ce qui, d’ailleurs, a bien inquiété le Ministère. Les grandes organisations criminelles connues (mafia, motards) agissent selon des règles internes et leurs membres appartiennent généralement à une communauté distincte. Dans « l’affaire des valises », aucune organisation du genre n’a pu être révélée, pas de chef dans cette affaire. Tous ces individus semblaient agir de façon indépendante. Des individus suivis partaient de leur domicile pour se rendre soit à leur lieu de travail habituel ou plus rarement à un nouveau lieu d’affaires. Ce qui intrigue dans le deuxième des cas, c’est que les individus qui se sont présentés avec leur valise au nouveau lieu d’affaires y sont presque toujours retournés par la suite et ce, sans leur valise. S’agirait-il d’un rite d’initiation? Ce sur quoi le Ministère s’inquiète davantage concerne les individus classés sous le CODE ROUGE par l’escouade TIC. Les suspects de cette classe étaient presque tous des étudiants fréquentant le réseau scolaire québécois. Chose curieuse, c’est cette même classe suspecte qui a permis de dévoiler au grand jour « l’affaire des valises noires ».

L’affaire enfin classée!

Un agent de l’escouade TIC raconte : « J’ai été obligé de me déguiser en étudiant pour poursuivre mon enquête…je suivais une fille fichée CODE ROUGE…fallait pas que je la perde (…) c’est là qu’elle a ouvert sa valise devant son prof. Quand j’ai compris, j’ai tout de suite ″callé″
[1]John dans l’micro pour donner le signal ». En fait, les mystérieuses valises n’étaient pas dangereuses du tout. L’enquête a permis de révéler qu’il s’agissait d’un simple portfolio. Tout s’expliquait désormais : la proportion des valises, les problèmes liés à leur transport, l’attention particulière qu’on y apportait. De moins en moins répandu, l’usage du portfolio sous sa forme «valise» a fait place à la disquette ou carrément au réseau Internet. On parle aujourd’hui de portfolio numérique. Voici ce que cette enquête a permis de mettre au jour:

Sur la piste de l’organisation numérique

Le portfolio employé sous sa forme « valise » cède de plus en plus de place au portfolio « nouvelle ère » : le portfolio numérique. Mais d’abord qu’est-ce qu’un portfolio? On pourrait dire que le portfolio est un document qui regroupe une collection d’œuvres représentatives de son auteur. Le portfolio peut servir à des fins d’entrevue, d’évaluation et d’apprentissages. Loin de servir à une quelconque organisation criminelle, le portfolio est plutôt l’outil organisationnel qui est de plus en plus choisi pour évaluer, présenter et faire apprendre dans le milieu scolaire. Le portfolio a de tous temps permis à ses utilisateurs de classer, critiquer, juger et évaluer le travail d’individus. Le portfolio est plus défini que le bulletin traditionnel et que le curriculum vitae. Plus vaste, le portfolio se veut un reflet des aptitudes et talents d’une personne. En les comparant, le bulletin et le curriculum vitae n’ont rien de bien concret à proposer. Le portfolio va plus loin dans ses démonstrations et est plus représentatif de la personnalité de son auteur. Prenons l’exemple d’un artiste souhaitant être représenté par une galerie. Son curriculum vitae peut faire état des études suivies ou des prix remportés, mais qu’en est-il du style de l’artiste? Est-il peintre abstrait? Dessinateur paysagiste? L’accessibilité du numérique a grandement permis de faciliter le transport du portfolio par les artistes. Avant l’apport des technologies de l’information, les artistes devaient transporter des portfolios beaucoup plus lourds et de surcroît très fragiles. Maintenant, la totalité de la production d’un artiste peut être présentée au prix de moindres efforts sur support numérique.

Trois principaux types de portfolios

Bien que sa forme ait changé, le portfolio est encore largement utilisé pour des fins de présentation. C’est dans le milieu de l’enseignement qu’on en remarque une utilisation de plus en plus diversifiée. L’accès généralisé aux ordinateurs dans les écoles du Québec est un facteur indéniable de cet intérêt grandissant des apprentissages donnés via de nouvelles technologies. Le portfolio permet différents apprentissages. Il sert aussi les enseignants dans leur évaluation des élèves. Conçu différemment du portfolio dit « d’apprentissage », il peut aussi prendre la forme d’un dossier d’évaluation. En résumant le tout, un portfolio peut-être : A -un dossier de présentation, B -un dossier d’apprentissage et C -un dossier d’évaluation. Voyons de façon concrète quelques applications pédagogiques de chacune de ces formes :

Le portfolio type présentation

J’attire votre attention sur ce type de portfolio en vous rappelant que c’est celui-là même dont s’est servi le suspect de l’autobus 81 dans cette affaire. Le portfolio de présentation est sans doute le portfolio le plus connu des trois profils. Ce type de portfolio rassemble des oeuvres achevées. Le portfolio de présentation est un dossier-synthèse. Si je prends l’exemple d’une élève inscrite au programme pré-universitaire d’arts plastiques (2 ans) qui doit présenter un portfolio à l’université où elle désire poursuivre ses études, il s’agira d’un portfolio de ce type. Ce portfolio ne s’attarde pas à la démarche en soi des différents travaux présentés, mais plutôt à un ensemble sélectionné des meilleurs travaux de ces deux années. Ce type de portfolio est basé sur la performance plus que sur l’apprentissage. Il en est de même pour une personne qui postule pour un emploi. Son portfolio visera la démonstration des talents liés au poste visé. Ainsi, l’architecte qui dépose un portfolio en réponse à un appel d’offres gouvernemental présentera des projets de maquettes pertinents aux critères de l’appel d’offres. Ce type de portfolio implique un engagement cognitif de haut niveau du participant en ses capacités d’auto-analyse. Voyez un exemple de ce type de portfolio à l’adresse suivante :
http://pages.infinit.net/elvis48/

Le portfolio type apprentissage

Contrairement au portfolio de présentation, le portfolio d’apprentissage concerne moins le caractère « fini » des travaux que les étapes qui ont menés à ces résultats. Ici, c’est la démarche qui compte. Le portfolio d’apprentissage est comparable au contenu d’un classeur. C’est ce type qui se rapproche le plus d’une enquête. Tiens tiens! Dans le portfolio d’apprentissage, l’intérêt porte sur la cohésion d’un ensemble d’éléments variés. Ce type de dossier s’intéresse au « sens » donné. Nous pouvons imaginer un professeur de mathématiques qui désirerait mesurer la compétence de ses élèves du secondaire à traiter de la notion du volume spatial. Quel projet serait envisageable dans la perspective d’un portfolio de ce type? Il pourrait s’agir par exemple d’une production 3D à l’échelle d’une maisonnette fictive élaborée par des élèves réunis en équipes de trois ou quatre. Chacune des étapes de construction de la maisonnette pourrait être comptabilisée et annotée dans un portfolio de ce type. On comprend par cet exemple que le portfolio d’apprentissage se veut en quelque sorte une version améliorée du journal de bord du fait qu’il implique la symbiose de différentes stratégies cognitives et métacognitives. Dans la production d’un tel porfolio, les élèves sont en effet amenés à élaborer, à organiser, à bâtir et à analyser leur maquette en cours de réalisation. On retiendra que le portfolio d’apprentissage vise globalement la démonstration d’expériences.

Le portfolio type évaluation

Les deux types précédents de portfolios concernaient davantage l’élève ou le postulant. Le portfolio d’évaluation, pour sa part, concerne davantage l’enseignant ou l’employeur. En pédagogie, le portfolio d’évaluation s’élabore de telle sorte que l’enseignant puisse juger le résultat des travaux. On pourrait dire que ce type de portfolio combine les deux types présentés précédemment : il réunit une collection d’œuvres (réalisations, projets, travaux) et permet de dresser un bilan de ce qui a été fait. Cependant, le portfolio d’évaluation ne s’attarde pas à l’élaboration des apprentissages, il en évalue plutôt les résultats. Le portfolio d’évaluation sert de « mémoire ». Ce type de portfolio peut combiner entre autres des productions écrites, des réflexions, des notes personnelles et les démarches entreprises par les élèves dans leurs différents projets. Le portfolio d’évaluation est un cadre pour l’évaluateur dans lequel le participant propose des éléments. Pour en dresser une image simple, on peut comparer ce type de portfolio à tout formulaire. Le formulaire comporte des classes-critères auxquelles le participant apporte des réponses.

L’affaire des valises : la clé ?

Le portfolio est un outil organisationnel bien utile. S’il suscite autant l’intérêt de tous les milieux, c’est bien parce que sa grande force réside dans son caractère « caméléon ». Adaptable, le portfolio peut servir à de nombreux projets. L’expansion des technologies numériques a grandement démocratisé son usage. L’accès aux ordinateurs n’est plus une mission « périlleuse ». Le réseautage global de nos ordinateurs permet aujourd’hui à tous d’échanger, d’avoir un accès simplifié et de mettre en commun quantité de données. Le recours aux grandes « valises noires » est de moins en moins nécessaire. Ainsi, l’artiste, peut télécharger son dossier de présentation à la galerie x à partir de chez lui, l’élève, transmettre son dossier d’apprentissage à son professeur sans se servir de son sac à dos et, l’enseignant, remettre un dossier d’évaluation annoté et interactif aux parents de cet élève. Et vous, connaissant ce que vous savez maintenant, quel usage feriez-vous du portfolio? Décidément, la filière du portfolio est loin d’être une enquête terminée. L’avenir réserve encore bien des pistes inexplorées pour l’escouade des TIC!

Webographie

(Sites Web consultés le 24 mars 2005)

Arte-tv. Agatha Christie. « Le roman policier »
http://www.arte-tv.com/fr/art-musique/ Tueuses-en-serie/605008.html

Carrefour éducation. « De multiples ressources sur le thème du portfolio ».
http://carrefour-education.telequebec.qc.ca/ressourcesdidactiques/centres_interet.asp?InteretSelected=true&noInteret=15&themeSelected=true&noTheme=5

CEGEP de Rimouski. (2000). « Le portfolio au collégial ».
http://www.portfolio.imq.qc.ca/

Le portfolio en éducation. (1999). « À quoi ça peut servir? »
http://cep.cyberscol.qc.ca/ressources/guides/ev_portfolio.html

Ministère de l’éducation. « Le portfolio sur support numérique ».
http://www.meq.gouv.qc.ca/drd/tic/pdf/portfolio.pdf

RÉCIT QESN. « Le vocabulaire du portfolio ».
http://www.qesn.meq.gouv.qc.ca/portfolio/fra/theo_voc.html

Bibeau, Robert. (1er fév.2005). « Sites utiles pour connaître les possibilités du portfolio »
http://ntic.org/guider/textes/portfolio.html

Valises. Cuir Danier
http://www.danier.com/cgi-bin/ncommerce3/ProductDisplay?prmenbr=27&prrfnbr=8492126&cat_dept_rn=&cgrfnbr=9503558


[1] Anglicisme signifiant téléphoner

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