2006-02-23

Internet : une échappatoire académique?

© 2005, Sébastien Brousseau.

Dans la Rome antique, le terme plagiarius pouvait désigner un voleur d’esclaves ou bien quelqu’un qui vendait en tant qu’esclaves des gens qui étaient libres (Dictionnaire International des Termes Littéraires). L’information précédente provient du premier site Internet proposé par l’engin de recherche Google en y entrant la recherche suivante : définition plagiat. La phrase originale se lit comme suit : «Le terme plagiarius pouvait désigner, dans la Rome antique, soit un voleur d'esclave soit quelqu'un qui vendait comme esclave une personne libre». J’ai pris la peine de mettre la référence à ma citation, car elle provient d’un ouvrage électronique que j’ai consulté. Le fait d’avoir changé légèrement la structure de la phrase en plus de quelques mots me permettait-il de faire passer cette citation comme étant la mienne sans citer la source? Le fait de paraphraser la citation d’un autre me donne-t-il le droit de me l’approprier? Si vous posiez la question à des étudiants de niveau collégial et même universitaire qui naviguent pour faire leurs travaux, vous resteriez probablement très surpris de leur réponse.

Le plagiat dans le domaine scolaire a toujours existé et ce, à plusieurs niveaux. Les petits papiers dissimulés lors d’un examen, les échanges de travaux, les échanges de réponses n’en sont que quelques exemples. L’avènement des technologies de l’information et de la communication (TICs), en l’occurrence Internet, a facilité la malhonnêteté académique (Underwood, 2003). De nos jours, il est beaucoup plus simple de chercher de l’information sur le Web, en faire un copier/coller (un collage ou patchwriting en anglais) dans son travail que de chercher de l’information dans les livres d’une bibliothèque.

Dans quelles « eaux » les plagiaires naviguent-t-ils?

Le plagiat sur Internet peut prendre plusieurs formes. Notons le copier/coller intégral et la paraphrase, sans faire correctement référence à la source. Ce genre de plagiat se fait habituellement à l’aide d’un engin de recherche global comme
Google, WiseNut, Altavista, Ask Jeeves, Copernic ou MSN Search. Les étudiants cherchent des informations sur un sujet précis, trouvent un ou plusieurs sites qu’ils considèrent pertinents et butinent les textes en y subtilisant des extraits. Il est également possible d’acheter des travaux complets. Plusieurs sites Internet offrent des dissertations, des rédactions, des thèses et toutes sortes de travaux, dans presque tous les domaines d’études. Des sites comme SchoolSucks, 4freeessays, Essay World (sites anglophones) sont devenus, avec les années, de grandes bibliothèques mercantiles privées qui s’adonnent au trafic de travaux électroniques en tous genres.

Si vous croyez que la disponibilité de tels sites est limitée dans la langue française, détrompez-vous. Des sites comme
Zétud, Bibelec, Antisèche sont très étoffés en travaux francophones dans de multiples disciplines (Lamontagne, 2005). Une liste exhaustive des sites francophones pourvoyeurs de travaux est facile à trouver au moyen d’une simple recherche. Cependant, tous ces sites sont privés, dans l’optique où les engins de recherche globaux n’y ont pas accès. Leur contenu fait partie de ce que l’on nomme l’Internet invisible, le « Deep Web » (pour plus d’information sur les engins de recherche et l’Internet invisible, consultez le site www.lesmoteursderecherche.com). Dans ce cas, la recherche de travaux s’effectue à même l’engin qui leur est propre. Le plagiat peut également se faire sur des forums de discussions traitant de sujets précis. Les étudiants clavardent avec d’autres étudiants ou bien des spécialistes dans le domaine pour ensuite faire un copier/coller dans leur travail (Underwood, 2003). Cette forme de plagiat est probablement la plus difficile à trouver ou à prouver : c’est une œuvre originale en soi et qui ne laisse parfois aucune trace. Toutefois, pour les autres formes mentionnées ci-dessus, des solutions sont disponibles.

Le flair de l’enseignant et les outils à sa disposition

À la base, pour contrer le plagiat provenant d’Internet, les principes restent les mêmes. Les soupçons du professeur sont généralement instigateurs d’une recherche plus poussée afin de découvrir la provenance de l’information que l’élève tente de faire passer comme étant la sienne. La profondeur changeante du texte, des différences flagrantes dans la syntaxe, un vocabulaire suspect ou inhabituel restent de bons indices de départ que l’élève s’approprie des pensées d’autrui sans en citer la source (Underwood, 2003). Le fait d’observer une section complète sans faute, dans un texte qui en regorge, doit également sonner l’alarme. Il y a aussi des signes flagrants, découlant d’un manque de subtilité du copieur : différence dans les polices ou la taille des caractères du texte.

Mettons de côté le plagiat traditionnel et voyons les solutions pour détecter le « cyber-plagiat ». Le simple copier/coller provenant de sites publics (trouvés par des engins de recherche globaux) peut se détecter en prenant le même chemin que l’élève. En entrant un bout de phrase suspecte dans un engin de recherche comme
Google il est possible, avec un peu de chance, de retrouver le site d’où provient l’information. L’utilisation des différents filtres, comme les guillemets, pourra faciliter et préciser la recherche de bouts de phrases subtilisés intégralement (Centre d'innovation pédagogique en sciences au collégial, 2005).

Il est faux de croire que, si l’élève a changé des mots ou a paraphrasé un extrait qu’il est impossible d’en retrouver la provenance. On peut payer pour s’abonner à un site « détecteur de plagiat » comme
Plagiarism.org. Ce dernier compare les travaux en les confrontant à une base de données, par différents moteurs de recherche, afin d’évaluer le degré d'originalité ou de plagiat d'un travail (par de légères modifications) (Centre d'innovation pédagogique en sciences au collégial). Ces comparaisons se font à l’aide de logiciels comme Turnitin ou Eve (Essay Verification Engine) disponibles sur Internet (presque exclusivement en anglais malheureusement) (Underwood, 2003). Il est également possible de s’abonner aux sites fournisseurs de travaux complets (Zétud, Bibelec…) afin d’avoir accès à leur banque de données et y effectuer des recherches au moyen de leur engin respectif.

Mieux vaut prévenir que guérir

Outre les moyens électroniques, il existe une panoplie de moyens pour prévenir le « cyber-plagiat » exigeant que les enseignants soient proactifs. Premièrement, faites savoir aux étudiants que vous connaissez l’existence des différentes sources d’informations et de travaux disponibles sur Internet (Agence de presse pédagogique, 2005). Du même coup, dites-leur que vous connaissez également de bons engins de recherche pour retracer la provenance de ces informations afin de les dissuader de copier. Le fait de demander des sources multiples (livres, périodiques, magazines, sites Web…) peut également s’avérer un bon moyen afin que les élèves ne limitent leur recherche qu’à Internet et diversifient leurs sources (Centre d'innovation pédagogique en sciences au collégial, 2005). Plusieurs articles traitant de la problématique suggèrent de soumettre aux étudiants des sujets de travaux qui sont très précis afin d’éviter qu’il puissent facilement trouver des travaux sur mesure (Centre d'innovation pédagogique en sciences au collégial, 2005, Agence de Presse Pédagogique, 2005). Dans le même ordre d’idées, il sera plus difficile pour les étudiants de trouver des travaux alléchants sur Internet, si le sujet est basé sur l’actualité très récente (ce qui signifie bien sûr que l’enseignant se renouvelle d’une session à l’autre) (Agence de Presse Pédagogique, 2005). Le sujet du travail pourrait également comporter une portion où l’étudiant serait appelé à donner sa propre opinion ou à faire un rapprochement avec ses expériences personnelles. De cette façon, il serait obligé de s’engager mentalement et de fournir des idées originales à travers un travail créatif. Vous pourriez aussi demander de faire un rapprochement ou une comparaison entre deux problématiques de nature différente. En résumé, si vous voulez que vos élèves rédigent des créations originales, soyez vous-même original dans vos questions ou sujets de travaux. Pour dissuader les élèves de plagier des travaux électroniques, et du même coup favoriser leur création personnelle, demandez-leur de monter un porte-folio. Un porte-folio pourrait contenir leur plan de travail, leurs ébauches, leurs brouillons, les photocopies des sources et que les étudiants devraient être prêts de fournir si l’enseignant en fait la demande (Agence de presse pédagogique, 2005).

Il est également possible de chercher sur Internet des outils pour vous aider à sensibiliser les étudiants. Le site de l’Université d’Ottawa offre différents documents très intéressants (
Comment éviter le plagiat et Le droit d’auteur et la bibliothèque), ainsi que des exemples de citations et des questions sur le plagiat aidant les étudiants à se familiariser avec les règles se rapportant aux citations et aux droits d’auteurs. Finalement, à mon sens, il est impératif que chaque département de collège (ou le collège en entier) se dote d’une politique claire sur le plagiat et ses implications. Il est important que les élèves puissent avoir facilement accès à cette politique (faisant partie intégrale du plan de cours par exemple). Dans cette optique, plusieurs auteurs suggèrent la présentation de telles politiques sous forme de « contrat de non-plagiat » entre les élèves et l’enseignant (Perreault, 2003). À titre d’exemple, vous pouvez consulter la politique sur le plagiat de l’Université de Montréal.

La pédagogie en avant de la technologie

Revenons à l’interrogation en introduction sur le droit que les élèves croient avoir par rapport à l’information disponible sur Internet. Plusieurs ont des conceptions erronées de ce qu’est paraphraser ou «mettre en vos propres mots» et de la nécessité d’en en attribuer la source. Plusieurs d’entre eux croient, à tort, que l’information disponible sur Internet est gratuite et qu’ils peuvent se l’approprier comme si elle venait d’eux-mêmes (Underwood, 2003). Il relève de la responsabilité de l’enseignant d’exposer les règles d’éthique et d’expliquer les différentes façons de citer correctement les références électroniques. Peut-être que trop d’enseignants assument que les élèves comprennent ce qu’est le plagiat et ses implications tant personnelles que collectives. L’enseignant doit prendre le temps d’expliquer aux élèves que les pensées et idées d’autrui sont protégées. Il serait peut-être plus facile de faire comprendre ce concept aux étudiants en leur expliquant que les idées originales provenant d’eux-mêmes sont également dignes de protection et qu’ils ne doivent pas laisser les autres étudiants les copier (Wood, 2004). Il faut sensibiliser les étudiants au phénomène du plagiat sans avoir une approche trop punitive. Il importe de prévenir une paresse intellectuelle chez l’élève et de favoriser une bonne intégrité académique. Il est fondamental que les étudiants de niveau collégial puissent être en mesure de bien citer leurs sources. Surtout s’ils poursuivent leurs études au niveau universitaire, où la charge de travail est plus importante et la recherche bibliographique est plus laborieuse. Un dernier conseil : si vous voulez être au parfum des dernières trouvailles des tricheurs, vous pouvez consulter leur « cyber-cachette », le site des
Tricheurs Anonymes.

Bibliographie


Dictionnaire International des Termes Littéraires (2005). Étymologie Plagiat [En ligne], http://www.ditl.info/art/definition.php?term=3479 (page consultée le 1er mars 2005).

Lamontagne, D., (2005). «Travailler, étudier, tricher, empêcher la triche ou ne pas tricher. Des ressources…» [En ligne], Site Thot,
http://thot.cursus.edu/rubrique.asp?no=12274%20, (page consultée le 2 mars 2005).

Perreault, N., (2003). «Le plagiat avec Internet, des solutions…» [En ligne], Site Clic (Bulletin collégial des technologies de l’information et des communication),
http://www.clic.ntic.org/clic51/plagiat.html (page consultée le 1er mars 2005).

Site du Saut Quantique (2005). «Dossier : Tricherie sur Internet», [En ligne], Centre d'innovation pédagogique en sciences au collégial,
http://www.apsq.org/sautquantique/doss/d-tricherie.html. (page consultée le 1er mars 2005).

Site l’Infobourg, l’Agence de Presse Pédagogique (APP) (2005). «Internet. Un outil pour tricher?» [En ligne],
http://www.infobourg.com/sections/actualite/actualite.php?id=4774. (page consultée le 3 mars 2005).

Underwood, J., Szabo, A. (2003). «Academic offences and e-learning : individual propensities in cheating», British Journal of Education Technology, Vol. 34, No. 4, page 467-477.

Wood, G., (2004). «Academic Original Sin : Plagiarism, the Internet, and Librairians», The Journal of Academic Librarianship, Vol. 30, No. 3, pages 237-242.

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