2006-02-09

Le portfolio électronique : un outil pédagogique

(c) 2005, Amélie Rivard.

Qu’est-ce qu’un portfolio?

Tout d’abord, si l’on tente d’élaborer une définition la plus juste possible de ce qu’est un portfolio, on pourrait dire qu’il est une démonstration des compétences acquises, dans un cadre choisi, et ce, à l’aide d’une collection de travaux, de textes réflexifs, de projets, démontrant l’acquisition de ces mêmes compétences. D’un autre côté, en le plaçant dans un cadre pédagogique, le portfolio est aussi un outil d’apprentissage et d’évaluation, en plus d’être un outil de communication. Selon le ministère de l’Éducation du Québec, l’usage du portfolio se répand peu à peu dans le milieu scolaire québécois. Le MEQ semble d’ailleurs avoir opté pour une définition scolaire du portfolio, le définissant comme étant « une collection des travaux d’un élève qui fait foi de sa compétence et montrant des traces pertinentes de ses réalisations » (MEQ, 2002). Il est aussi une occasion pour les élèves de commenter ou de réfléchir sur les compétences mises en oeuvre au cours de la construction de leurs connaissances. Le portfolio est donc un moyen de communiquer le cheminement de l'élève sans pour autant être obligatoirement évalué. Aussi, selon le niveau d’éducation des concepteurs, il permet l’autoformation, la mise en relation de la théorie et de la pratique, l’autoévaluation de ses compétences et le développement professionnel (Côté, 2005). Dans le cadre de l’apprentissage d’une profession ou d’un métier, par exemple, le portfolio devrait donner un portrait juste et complet des acquis de formation et rendre compte du sens que prennent les réalisations effectuées durant le programme d’études ou en regard de la pratique professionnelle (Côté, 2005).

Finalement, il est important de mentionner qu’à la différence de travaux normalisés, le portfolio permet de visualiser l'ensemble des expériences scolaires, socioculturelles et communautaires d'un élève (Cégep de Rimouski, 2000). Le portfolio peut être un outil de promotion pour poursuivre ses études ou éventuellement pour se trouver un emploi. D’ailleurs, il peut être utilisé tout au long de la vie professionnelle.

Le portfolio, étroitement lié au concept de pratique réflexive

Lorsque l’on parle de portfolio, on associe presque automatiquement la notion de pratique réflexive. En effet, pour choisir les travaux qui démontrent le plus l’acquisition des compétences à mettre en lumière, une réflexion approfondie s’impose. D’un même point de vue, il est intéressant de mentionner que la pratique réflexive tend à devenir omniprésente au cœur de l’enseignement et qu’elle est lentement devenue une pédagogie d’enseignement, une stratégie d’apprentissage. De par sa définition, la pratique réflexive est la capacité à faire des inférences et d'utiliser à bon escient ses expériences antérieures (Lyons, 1999). La pratique réflexive initie le processus mental et permet à l’apprenant de développer une pensée critique, ainsi que d’accroître ses habiletés cognitives et affectives. Une bonne utilisation de la pensée réflexive peut aussi permettre de développer une capacité de synthèse et faciliter l’intégration des apprentissages. Elle améliore aussi la connaissance de soi, car elle implique un retour sur ses valeurs, convictions et entraîne par ce fait une remise en question de ces dernières (Lyons, 1999). Avec l’arrivée des nouvelles approches pédagogiques, les étudiants font de plus en plus face à l’apprentissage de savoirs cognitifs, affectifs et psychomoteurs, les uns tous étroitement reliés aux autres. Selon Perrenoud, la pratique réflexive a notamment pour fonction de solidariser et de faire dialoguer ces divers savoirs (Perrenoud, 2001). Reliées au cadre du portfolio, ces notions de pratique réflexive se fondent dans le recueil approfondi nécessaire pour faire la lumière sur ses compétences, ses expériences, sa formation ou encore ses valeurs.

Pourquoi opter pour un portfolio spécifiquement électronique?

Pourquoi opter pour un portfolio spécifiquement électronique? Notons premièrement que le portfolio électronique est l’équivalent, à presque tous les points de vue, du portfolio traditionnel. La différence se fera surtout par la présentation, mais aussi sur quelques spécificités technologiques intéressantes telle l’interactivité.
Tout d’abord, le portfolio électronique peut se retrouver sous différentes formes. Il peut être une version disponible dans l’Internet, par exemple sur une page Web, ou seulement être une version que l’on peut envoyer par courriel ou copier sur un cédérom ou une disquette. Le portfolio électronique présente plusieurs avantages que le portfolio « imprimé » n’a pas : le concepteur possède un lieu unique de consignation et d’indexation de ses réalisations, a accès de partout à son portfolio et peut y ranger des vidéos et des sons. La plus grande limite du portfolio électronique est que l’utilisation de ces technologies implique des ressources matérielles et l’utilisation d’un réseau d’ordinateurs (MEQ, 2002). Cela peut alors devenir un obstacle important dans les milieux défavorisés. De plus, pour ce qui est de l’utilisation d’une disquette pour conserver le portfolio, cela peut devenir un problème lors de l’intégration d’un multimédia : la disquette ne peut contenir assez d’information pour soutenir un portfolio utilisant des vidéos ou des photos. Le disque compact sera alors un outil de choix si le concepteur possède un graveur, bien évidemment! D’un autre côté, il est possible de faire un mélange entre le portfolio traditionnel et le portfolio électronique. En effet, cela est rendu possible non seulement par la numérisation des travaux, mais aussi par la numérisation d’un portfolio traditionnel complet permettant la conservation à long terme!

Un des grands avantages du portfolio électronique est l’attrait des jeunes étudiants pour les technologies informatiques. En effet, mis en contexte dans les milieux primaires et secondaires, cela permet aux jeunes concepteurs de mettre en valeur leur créativité et leurs connaissances de l’informatique. Pour les autres, cela permet leur stimulation face à l’utilisation des technologies de l’information qui peut, au bout du compte, permettre le développement de compétence transversales dans l’utilisation des technologies de l’information (MEQ, 2002)!

D’un autre côté, lorsqu’il est utilisé au niveau collégial, universitaire ou encore par les travailleurs, le portfolio électronique peut devenir un moyen d’exprimer son talent, sa créativité, son savoir-faire et savoir-être et ce, pour exercer une influence favorable et devenir un élément déclencheur, par exemple, dans l’acceptation d’une demande d’admission au cycle supérieur ou encore dans l’embauche d’un candidat pour un emploi de choix (Côté, 2005).

Quels sont les types de portfolio électronique?

Pour comprendre le concept de portfolio, il faut d’abord savoir qu’il existe plusieurs types de portfolio, qu’il soit électronique ou traditionnel. Il existe beaucoup de formulations distinctes, mais nous traiterons ici spécifiquement de trois genres. Tout d’abord, nous retrouvons le portfolio d’apprentissage, puis le portfolio de développement professionnel et le portfolio d’évaluation.

En premier lieu, le portfolio d’apprentissage, comme son nom l’explique très bien, est un outil progressif qui permet de mettre en lumière la progression de l’étudiant dans ses apprentissages. Le choix des travaux est basé sur des compétences disciplinaires, transversales ou sur une expérience de vie et ce, en lien avec les consignes proposées par l’enseignant. Dans ce type de portfolio, il est important que l’enseignant ait préalablement déterminé des consignes précises.

Ensuite vient le portfolio de développement professionnel, basé non seulement sur le passé scolaire, mais surtout sur les savoirs acquis par les expériences de travail, de vie et de formation (Côté, 2005). Il permet, entre autres, une rétrospection sur ses connaissances et une mise en relation des différents savoirs acquis au niveau professionnel et personnel.

Le troisième type de portfolio est le portfolio d’évaluation. Ce type est spécifiquement dédié à l’évaluation (formative ou sommative) des connaissances, savoirs ou compétences acquis par l’utilisateur dans un contexte donné. Par exemple, à l’école, l’enseignant pourrait demander aux étudiants de créer un portfolio représentatif des compétences acquises au cours de l’année scolaire en cours, en lien avec les exigences du cours (MEQ, 2002).

Quelles en sont les composantes?

Les composantes à intégrer dans le portfolio dépendent, bien sûr, du type de portfolio choisi. Dans le cas du portfolio d’apprentissage, l’apprenant dépose les travaux choisis en format numérique. Il peut cependant intégrer un travail manuscrit en le numérisant. Il insère aussi les réflexions et commentaires qu’il aura effectués sur ses travaux, ainsi que les réflexions d’autres intervenants, comme l’enseignant, les pairs, les parents, etc. (MEQ, 2005)

Pour ce qui est du portfolio de développement professionnel, les contenus sont beaucoup plus exhaustifs. Bien sûr, il y aura une section réservée aux réalisations, documents scolaires, profils de compétence, etc. Cependant, il y aura aussi une place pour le curriculum vitae, les références, les lettres de recommandation et les évaluations de rendement. Le concepteur pourra aussi intégrer ses diplômes, relevés de notes et attestations de perfectionnement. Il pourra aussi inclure toute forme de parution dans les médias (articles, vidéos, entrevues). Évidemment, il y aura toujours une place pour les présentations (exemple avec logiciel de diaporama) et animations représentant des réalisations. (Desjardins, MEQ, 2005)

Le portfolio d’évaluation, dans son cas, est très simple. Puisque l’enseignant a dès le départ précisé les compétences à acquérir, l’étudiant doit inclure des travaux qui, selon lui, permet d’exposer son atteinte de la compétence annoncée. Il doit aussi inclure son autoévaluation basée sur les mêmes critères d’évaluation que l’enseignant. Comme c’est un portfolio électronique, il peut envoyer ce dossier par Internet, ce qui a pour avantage de rendre un peu plus flexibles les heures de tombée (Rioux, 2002).

En conclusion

Mentionnons que, puisque l’utilisation des nouvelles technologies n’est pas maîtrisée par tous, il existe des sites Internet permettant de télécharger des gabarits de portfolio, et ainsi pouvoir visualiser des exemples. Notamment, on peut consulter le site http://www.ntic.org/guider/textes/obs/pfolio/index.htm , qui fournit un gabarit et donne des instructions simples sur l’élaboration d’un portfolio électronique. Il existe aussi un forum où il est possible de poser des questions ou demander de l’information, tel que le site http://www.gilles-jobin.org/forum/list.php?f=2

En conclusion, peu importe le but d’utilisation du concepteur, les éléments clés d’un portfolio électronique sont : une pratique réflexive approfondie sur l’acquisition de ses compétences, une collection de travaux représentant cette réflexion, l’utilisation des technologies de l’information et une bonne dose de créativité! Le tout n’a rien de sorcier!

Bibliographie

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Côté, C. (2005) Le portfolio des compétences SOCP, Université de Montréal.

Demers, J. (2001) Le portfolio. [Consulté le 5 mars 2005] à l’adresse http://station05.qc.ca/css/cybersite/joc/ptfolio/Portfolio.htm

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Rioux, M. (2002) Mon portfolio : un outil d’évaluation. [Consulté le 7 mars 2005] http://www.infobourg.com/sections/actualite/actualite.php?id=7659

Scallon, G. Le portfolio ou dossier d’apprentissage abrégé. [Consulté le 1 mars 2005] à l’adresse http://www.fse.ulaval.ca/Gerard.Scallon/valise_BEP/portfolioguide.doc

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