2006-05-17

Tous pour un et un pour tous : Apprentissage coopératif

(c) 2006, Edith Lefort


Depuis quelques années, que ce soit en milieu de travail ou en milieu scolaire, on assiste à une effervescence vis à vis la coopération. Dans le monde du travail, la modernisation des entreprises amène les hauts dirigeants à abandonner les anciennes techniques de travail au profit de nouvelles techniques comme la coopération. Selon Abrami, Chambers, Poulsen, De Simone, D’Apollonia et Howden (1997) les méthodes de travail en groupe constituent pour l’industrie de nouveaux moyens d’accroître la productivité et d’augmenter la satisfaction des travailleurs et travailleuses tout en développant leurs sentiments d’appartenance.

Dans le milieu scolaire, celui qui nous intéresse davantage, de nombreux changements sont apparus depuis les années 90. Dans son compte rendu, le conseil supérieur de l’éducation (1995, p.41) recommande que l’approche éducative devrait être plus vivante, stimulante et diversifiée. Il demande à ce que les enseignants adoptent des méthodes d’enseignement, tel l’apprentissage coopératif, afin de favoriser la réussite de leurs élèves.

Cette popularité croissante de l’apprentissage coopératif nous amène à nous poser les questions suivantes : Qu’est-ce que l’apprentissage coopératif? Peut-il être avantageux de l’exploiter dans une classe? Peut-on l’utiliser à tous les niveaux de scolarité des étudiants?


L’apprentissage coopératif et ses composantes

Clarke, Wideman et Eadie (1992, p.3) définissent l’apprentissage coopératif comme (…)

une approche interactive de l'organisation de travail en classe selon laquelle
les élèves aprennent les uns des autres, ainsi que de l'enseignant ou de
l'enseignante et du monde qui les entoure.



Dans cette méthode, on retrouve des composantes nécessaires et obligatoires. Elles servent à définir le cadre d’organisation du travail et à structurer le contexte et le contenu d’apprentissage. ( Arcand, année inconnue). Ces composantes sont :

-Le regroupement des apprenants : Contrairement au travail d’équipe, le travail coopératif est formé d’équipes hétérogènes dont les membres ont un but commun, dont les tâches sont planifiées de façon à ce que chacun ne puisse faire le travail seul . Ces équipes peuvent être choisies soit par l’enseignant, le hasard ou les élèves, en fonction des besoins spécifiques des activités.

L’interdépendance positive : On veut développer chez l 'apprenant une perception qui démontre qu’il dépend de ses coéquipiers et qu’en retour ces derniers dépendent de lui. (Howden, 2001) Il faut que l’élève constate que le partage de connaissances, d’expertises et le respect sont nécessaires à la réussite.

La responsabilité individuelle : Pour s’assurer l’atteinte d’un but commun, chacun doit être responsable de faire sa part de travail et de bien se préparer à l’évaluation sommative qui sera individuelle. (Aylwin, 1994)

Les habiletés coopératives : Chaque élève doit apprendre et développer des habiletés langagières nécessaires à la communication. Par exemple, exprimer son désaccord de façon courtoise, encourager ses pairs, apporter son aide, respecter les autres. ( Howden, 1997)

L’objectivation : Amener les élèves à faire une réflexion sur la dynamique de leur équipe ainsi que sur leurs habiletés interpersonnelles ou sociales.

Rôle de l’enseignant : L’enseignant doit jouer un rôle de médiateur, de facilitateur et d’observateur. Il n’est plus le seul à transmettre des connaissances. Il doit aussi assurer son soutien aux équipes.

Avantages et inconvénients


Depuis plusieurs années, le portrait du Québec a beaucoup changé. On note une diversité culturelle grandissante qui amène une grande hétérogénéité dans les écoles. L’apprentissage coopératif serait-il un moyen efficace à utiliser pour nos enseignants afin d’améliorer la réussite scolaire et cela à tous les niveaux?

Comme Chamberland, Lavoie et Marquis (2003) le mentionnent, l’apprentissage coopératif a comme avantages pour l’élève de favoriser sa motivation, développer son estime de soi, d’améliorer son rendement scolaire, d’améliorer ses relations interpersonnelles, de l’obliger à être actif et de lui offrir une chance de réussite équitable. Il va aussi augmenter la compréhension de la matière enseignée de façon significative et par le fait même, permettre de mieux assimiler ces contenus en favorisant les échanges entre étudiants.
Contrairement aux équipes traditionnelles, l’interdépendance entre les élèves est soigneusement préparée. Donc, il n’y a plus de place pour la compétition ou l’individualisme. On fait place à un objectif de réussite collective. (Chamberland et all., 2003)

L’enseignant trouvera aussi des avantages à utiliser l’apprentissage coopératif. Il lui offrira une très grande variété d’activités ou structures à utiliser en classe, lui permettra de couvrir la matière tout en y intégrant les habiletés sociales au vécu de la classe. (centre de ressources pédagogiques, 1999). Il y aura un meilleur équilibre entre les savoirs, les savoir- être et les savoir-faire. (Howden, 1997) L’apprentissage coopératif permettra aussi à l’enseignant de diversifier son enseignement et lui offrira plus de temps pour observer les étudiants dans leur démarche d’apprentissage, grâce à quoi il perdra moins de temps sur le plan disciplinaire.

Toutefois, il y a quand même des mises en garde à ne pas omettre si on utilise l’apprentissage coopératif. Pour que l’implantation de ce modèle d’apprentissage soit un succès, il faut l’expérimenter de façon progressive. L’apprentissage coopératif est une méthode qui a ses propres exigences. Peu importe le niveau des élèves, l’enseignant doit être formé et qualifié afin d’utiliser le plein potentiel de cette approche. Il est évident qu’une somme de travail est exigée de la part des enseignants, mais les résultats parleront d’eux-mêmes.

Apprentissage coopératif au collégial

D’après Aylwin (1994) il semble que pour les prochaines années, la plupart des programmes au collégial auront parmi les objectifs essentiels la capacité de travailler en équipe. Déjà on constate que dans les programmes, on a inséré des objectifs de formation liés au travail d’équipe. Par ces changements, on vise à mieux préparer les étudiants à leur futur contexte de travail.

Lorsque l’on s’attarde principalement au programme de technique d’éducation à l’enfance, on note que le ministère de l’éducation ( 2000) prévoit qu’à travers son parcours l’étudiant développera des attitudes spécifiques telles l’ouverture d’esprit, l’ouverture sur le monde et à la diversité des cultures. Il développera son jugement critique, sa capacité d’analyse, sa qualité d’expression et encore . Bref, on s’attend à ce qu’il puisse participer activement et de façon régulière au travail d’équipe avec ses pairs. C’est pourquoi avec ces nouveaux objectifs de formation liés au travail d’équipe, on encourage fortement le personnel enseignant à recourir à cette formule pour enseigner la matière. Il n’y a pas de meilleure façon que d’appliquer nous même une méthode que l’on veut enseigner à nos élèves.

Jusqu’à maintenant, il est prouvé que dans quelques cégeps, l’apprentissage coopératif est utilisé comme méthode d’enseignement. Par exemple, sur le site du centre de recherche collégial de développement de matériel didactique on retrouve quelques scénarios d’apprentissage coopératif réalisables avec des élèves de technique d’éducation à l’enfance. On donne également le nom des auteurs ainsi que des adresses de courriel afin d’obtenir plus d’informations sur le sujet. (CCDMD, année inconnue). Il est évident de conclure que l’apprentissage coopératif est une méthode d’enseignement qui suscite autant l’intérêt des enseignants du collégial que ceux du primaire. Selon moi, elle est une façon d’enseigner plus significative et plus stimulante pour tous.

Apprentissage coopératif : un atout pour l’enseignement

Pour terminer, les nouveaux défis posés à l’école par la diversité exigent que l’école s’ajuste. Elle doit s’engager à répondre aux besoins et attentes de notre société en mouvement. Elle doit s’engager à outiller ces étudiants à faire face à un monde d’intercommunication (centre des ressources pédagogiques, 1999). Elle doit aussi permettre le développement de tous et chacun de façon équitable.

D’après les écrits de cet article, l’apprentissage coopératif serait en grande partie une approche à privilégier afin de répondre à la problématique de nos écoles. Que ce soit au niveau primaire, secondaire, collégial ou même universitaire, dès que l’on crée des situations d’apprentissage où les élèves verbalisent, analysent, discutent, échangent et écoutent, on favorise la coopération. Soyez assurés que nos futurs diplômés seront appelés à vivre des situations de travail similaires dans leurs milieux de travail et dès le début de leur vie de travailleur.

Pourquoi ne pas commencer dès le primaire à les outiller à développer des habiletés et des attitudes face au travail d’équipe? Comme mentionné dans cet article, apprendre à travailler en équipe est une habileté en soi. C’est un processus d’apprentissage long et ardu. Il est évident qu’il demande aux enseignants de s’investir à fond dans ce cheminement. Mais s’il est commencé dès le jeune âge, nos enseignants de cégep et d’université récolteront d’énormes succès. Imaginez-vous un marché du travail où coopération, respect et entraide prôneraient sur la compétition et l’individualisme. Utopique, me direz-vous ? Peut-être, mais je réitère ma phrase du début : Tous pour un et un pour tous!

Références

Abrami, Philip; Poulsen, Catherine; De Simone, Christina; D’Apollinia, Sylvia et Howden, James. (1996). L’apprentissage coopératif : théories, méthodes, activités. Montréal : Les Éditions de la Chenelière Inc.

Arcand, Diane. ( année inconnue). L’apprentissage coopératif. [ consulté le 15 mai 2006] à l’adresse
http://www.tact.fse.ulaval.ca/fr/html/coop/2app_coo/t_base.htm

Aylwin, Ulric. (1994). Une nouvelle stratégie pédagogique : l’apprentissage coopératif. [consulté le 14 mai 2006] à l’adresse http://www.fedecegeps.qc.ca

CCDMD , (année inconnue). Scénarios d’apprentissage. [consulté le 13 mai 2006] à l’adresse http://www.ccdmd.qc.ca/ri/perfectic

Centre des ressources pédagogiques, (1999). Apprentissage coopératif [consulté le 14 mai 2006] à l’adresse http://www.rtsq.qc.ca/multip/mo_inter/coop.pdf

Chamberland, Gilles; Lavoie, Louisette et Marquis, Danielle. (2003). 20 formules pédagogiques. Sainte-Foy : Presses de l’Université du Québec

Clarke, Judy ; Wideman, Ron et Eadie, Susan. (1992). Apprenons ensemble : L’apprentissage coopératif en groupes restreints. Montréal : Les Éditions de la Chenelière Inc.

Howden, James. (2001). Coopération-mosaique : le site de la pédagogie de la coopération. [consulté le 15 mai 2006] à l’adresse
http://www.cooperation-mosaique.com/

Howden, James ; Martin, Huguette. (1997). La coopération au fil des jours : Des outils pour apprendre à coopérer. Montréal : Les Éditions de la Chenelière Inc.

Québec, ministère de l’Éducation. (1995). Une école primaire pour les enfants d’aujourd’hui. Avis au ministre de l’Éducation. Conseil supérieur de l’éducation, Québec.

Québec, ministre de l’éducation. (2000). Programme d’études : technique d’éducation à l’enfance. [consulté le 9 mai 2006] à l’adresse
http://www.mels.qouv.qc.ca/









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