2006-05-26

Les TIC : une solution au manque de motivation?

© 2006, Caroline Bleau

On sait très bien que depuis plusieurs années, la motivation face aux études est un problème que tous tentent de régler ou du moins d’améliorer. Diverses théories ont été créées et maintes solutions ont été apportées. «Favoriser la motivation en contexte scolaire est une problématique complexe qui demande une importante réflexion» (Karsenti, 2003b, p.1). Depuis les dernières années, les solutions proposées sont de plus en plus axées sur les technologies de l’information et de la communication (TIC). En effet, «il existe un lien étroit entre le construit de motivation et l’intégration de certaine technologies de l’information et de la communication […]» (Karsenti, 1997, p.477). La question qui se pose est donc de savoir si les TIC sont vraiment une bonne solution pour contrer le manque de motivation des étudiants en ce qui concerne leurs études.

Motivation et réussite scolaire
Il est primordial lorsqu’on parle de motivation face aux études de faire le lien qui existe entre ce concept et celui de la réussite scolaire. En effet, dans cet article, lorsqu’on fait référence au concept de motivation, il est question de la motivation face à la réussite de ses études. C’est pourquoi il faut faire attention, car le fait que les élèves soient plus motivés ne signifie pas qu’ils réussiront mieux ou qu’ils apprennent mieux (Long, année inconnue). Nous tenterons donc de voir si les TIC favorisent la motivation à la réussite scolaire. «Les TIC en elles-mêmes ne favorisent pas nécessairement la motivation ou le rendement scolaire : il ne faut pas confondre un outil d’enseignement avec un but» (Karsenti, 2003a, p.30). De fait, lorsqu’on parle de l’intégration des TIC pour favoriser la motivation, il ne faut pas oublier le but principal qui est la réussite éducative (Karsenti, 2003a).

L’intégration des TIC
Il est évident que dès qu’il y a une modification dans le système scolaire, il doit y avoir une adaptation de la part de tous. L’intégration des TIC force donc les pédagogues à modifier leurs méthodes d’enseignement (Long, année inconnue).

«Il n’est pas difficile d’amener les enseignants à utiliser les TIC pour la partie de leur travail qui se déroule en dehors des cours. Cependant, il est beaucoup plus difficile pour eux d’intégrer les TIC à leur enseignement au laboratoire et en classe. Cela exige d’eux beaucoup de temps (pour se familiariser avec les TIC, pour préparer les activités d’enseignement et d’apprentissage) et les oblige à une réorganisation considérable de leurs contenus de cours…» (Poellhuber et Boulanger, 2001, p.141).

Les enseignants et les livres ne sont plus les seules sources d’information disponibles puisque plusieurs connaissances sont maintenant accessibles via les TIC (Karsenti, 2003b). Il faut toutefois faire attention car ce surplus d’information ne garantit nullement une augmentation de la motivation à apprendre, ni un apprentissage de qualité supérieure (Long, année inconnue). L’intégration des TIC doit avoir un objectif pédagogique et non technologique (Karsenti, 2003a). L’ordinateur n’a de valeur que s’il est intégré aux activités d’apprentissage (Long, année inconnue).

L’intégration des TIC apporte plusieurs avantages tels que la flexibilité, l’accessibilité, l’accroissement des communications et interactions, la variété des modes d’enseignement et d’apprentissage et bien d’autres (Karsenti, 2003b). Tardif (1998) mentionne quant à lui que les TIC rendent les apprentissages plus significatifs, augmentent la capacité à résoudre des problèmes et à utiliser des stratégies métacognitives. Il est important de retenir, en ce qui concerne l’intégration des TIC, qu’en fait, c’est la manière de les utiliser qui aura un impact sur la motivation et la réussite scolaire (Karsenti, 2003a, 2003b).

Contexte d’utilisation des TIC
Tout d’abord, en ce qui a trait au contexte d’utilisation, l’ordinateur ne doit pas faire parti de la classe seulement pour stimuler l’intérêt des élèves, mais surtout pour aider leurs apprentissages et développer leur potentiel (Long, année inconnue). C’est souvent un problème puisque «les TIC sont d’abord utilisées en classe par les professeurs dans des activités d’enseignement plutôt que par les élèves dans des activités d’apprentissage» (Poellhuber et Boulanger, 2001, p.141).
Il faut tenir compte du fait que si l’élève n’acquiert pas la compétence nécessaire à la manipulation de l’ordinateur, ce dernier ne peut pas avoir un impact positif sur la motivation de l’élève (Long, année inconnue). Il est donc important non seulement d’évaluer les capacités à l’utilisation des TIC, mais aussi les perceptions que les élèves ont de leurs habiletés, la motivation à l’apprentissage accompagné d’un ordinateur sera à la hausse seulement si l’élève se sent habile lors de l’utilisation de l’ordinateur (Long, année inconnue).

On apprend aussi que «lorsque le contexte environnemental physique (équipement et matériel didactique) et humain (prédispositions des professeurs et des élèves) le permet, le choix d’une stratégie pédagogique TIC, plutôt que traditionnelle, favorise la réussite éducative au collégial» (Ouellet et Delisle, 2000, p.1). D’après certaines études (Barrette, 2004; Ouellet et Delisle, 2000), l’application pédagogique des TIC augmente la satisfaction des étudiants par rapport aux apprentissages faits de façon traditionnels.

Il est aussi important afin de favoriser la motivation des étudiants que les trois principaux déterminants de la motivation soient présents dans tous les cours qui souhaitent utiliser les TIC à des fins motivationnelles (Karsenti, 1997, 2003a, 2003b). Karsenti (1997) précise que les trois déterminants de la motivation sont les sentiments d’autodétermination, de compétence et d’affiliation des étudiants.

Les garçons et les filles
Lorsqu’il est question de motivation face à la réussite scolaire on sait tous qu’il y a une différence évidente entre les garçons et les filles. Le manque d’intérêt est un sentiment qui est souvent partagé par les élèves, surtout les garçons (Karsenti, 2003a). On s’est donc demander si l’intégration des TIC augmenterait la motivation chez ces derniers. Il faut toutefois faire attention pour ne pas modifier les techniques d’enseignement de sorte qu’elles aient une influence négative sur les filles. Les changements doivent augmenter la motivation des garçons et des filles ou tout de moins ne pas diminuer celle des filles (Karsenti, 2003a).

Contrairement à ce qu’on s’attendait, «les TIC utilisées dans un contexte scolaire à des fins pédagogiques semblent avoir un effet beaucoup plus significatif et positif chez les filles que chez les garçons» (Karsenti, 2003a, p.28). On s’est donc rendu compte que chez les garçons, c’est plus le caractère ludique des TIC qui suscite leur intérêt. Dès qu’il est question d’utiliser les TIC dans le but d’atteindre des objectifs scolaires leur enthousiasme diminue de plus en plus (Karsenti, 2003a). Quant aux filles, les TIC sont considérées comme un outil de travail et d’apprentissage (Karsenti, 2003b), c’est pourquoi l’utilisation des TIC semble avoir un effet plus positif chez les filles que chez les garçons.

Conclusions

Parmi les études qui ont été faites en ce qui concerne l’intégration des TIC en lien avec la motivation à la réussite éducative, plusieurs conclusions ont pu être tirées. Les principales qui ont été retenues sont les suivantes :

- L’intégration des TIC mène au travail en collaboration et coopération, ce qui fait en sorte que les interactions entre les élèves engendrent une source de motivation importante (Long, année inconnue).

- Selon Karsenti (2003a), l’intégration des TIC en éducation apporte de nombreux avantages. En effet, les TIC sont flexibles et accessibles, elles augmentent aussi les possibilités de communication et d’interactions et elles amènent une grande variété de modes d’enseignement et d’apprentissage. «En général, il en résulte de meilleurs apprentissages, un enseignement amélioré et plus adapté aux réalités quotidiennes pour les agents scolaires» (Karsenti, 2003a, p.28).

- «Dans une situation d’apprentissage médiatique, la qualité de l’apprentissage dépend au moins autant de la motivation des étudiants à apprendre avec le média utilisé que ce média lui-même» (Lebrun, 2004, p.16).

- La motivation scolaire peut être favorisée par l’intégration des TIC seulement si les élèves se sentent plus autodéterminés[1], s’ils se sentent plus compétent et s’ils sentent que l’utilisation des TIC augmente leur sentiment d’appartenance à l’école (Karsenti, 2003a; 2003b).
- «L’intégration des technologies, et notamment les environnements d’apprentissage virtuels comme les cours sur le Web, agissent éventuellement sur leur motivation [la motivation des élèves] à apprendre, mais qu’une période de démotivation apparaît dès le début» (Karsenti, Savoie-Zajc, Larose, (2001, p.24); Karsenti, Savoie-Zajc et Larose et Thibert, 2001, p.227) et qui est due à une dissonance cognitive.[2] Cette démotivation disparait dès que les étudiants maîtrisent la nouvelle méthode d’enseignement.
- Les commentaires qui ressortent le plus lorsqu’on interroge les élèves sur les TIC, c’est qu’en général, ils apprennent plus dans les cours qui permettent une bonne application pédagogique des TIC que dans ceux qui sont plus traditionnels (Barrette, 2004).

Finalement on peut dire que le fait d’intégrer les TIC en éducation, c’est d’utiliser un outil puissant et flexible qui vise l’amélioration de l’enseignement et de l’apprentissage (Karsenti, 2003b). Il est important de ne pas intégrer les TIC dans le simple but de tenter de motiver les élèves, il est important de ne pas négliger le but principal qui est la réussite éducative. Donc en intégrant les TIC, il faut s’assurer de respecter certaines règles qui consistent à faire des TIC des outils pédagogiques, qui favorisent les apprentissages, et non seulement des outils technologiques.

[1] C’est-à-dire qu’il faut qu’ils se sentent plus responsable et en contrôle de leurs choix quant aux activités qui utilisent les TIC. La théorie de l’autodétermination mentionne que pour qu’un élève soit autodéterminé, il faut qu’il fasse des choix qu’il trouve motivants (Deci et Ryan, 1985).

[2] «La dissonance cognitive est présente lorsqu’un individu est déstabilisé cognitivement et qu’il n’arrive pas (ou peu) à prévoir ce qui arrivera» (Karsenti, Savoie-Zajc et Larose et Thibert, 2001, p.228). Cette dissonance est dans ce cas causée par une nouvelle méthode d’enseignement qu’est le cours en ligne.

BIBLIOGRAPHIE

BARRETTE, C. (2004a). Vers une métasynthèse des impacts des TIC sur l’apprentissage et l’enseignement dans les établissements du réseau collégial québécois : De la recension des écrits à l’analyse conceptuelle. Clic (55). [Consulté le 24 mai 2006] à l’adresse http://clic.ntic.org/clic55/metasynthese.html

DECI, E.L. et RYAN. R.M. (1985). Intrinsic motivation and self-determination in humain behavior, New York and London, Plenum Press.

KARSENTI, T. (1997). Comment le recours aux TIC en pédagogie universitaire peut favorise.r la motivation des étudiants : le cas d’un cours médiatisé sur le Web. Cahier de la recherche en éducation. [Consulté le 21 mai 2006] à l’adresse
http://karsenti.scedu.umontreal.ca/pdf/publications/1997/cre6_3.pdf

KARSENTI, T. (2003a). Favoriser la motivation et la réussite en contexte scolaire : les TIC feront-elles mouche ? Vie Pédagogique. [Consulté le 22 mai 2006] à l’adresse
http://www.viepedagogique.gouv.qc.ca/numeros/127/vp127_27-31.pdf

KARSENTI, T. (2003b). Plus captivantes qu’un tableau noir : L’impact des nouvelles technologies sur la motivation à l’école. [Consulté le 24 mai 2006] à l’adresse
http://karsenti.scedu.umontreal.ca/pdf/publications/2003/rfsp_6_24.pdf

KARSENTI, T., SAVOIE-ZAJC, L. et LAROSE, F. (2001). Les futurs enseignants confrontés aux TIC : changements dans l’attitude, la motivation et les pratiques pédagogiques. Éducation et Francophonie. [Consulté le 24 mai 2006] à l’adresse
http://karsenti.scedu.umontreal.ca/pdf/publications/2001/ef29_1.pdf

KARSENTI, T, SAVOIE-ZAJC, L., LAROSE, F. et THIBERT, G. (2001). TIC : Impact sur la motivation et les attitudes des apprenants. [Consulté le 24 mai 2006] à l’adresse
http://karsenti.scedu.umontreal.ca/pdf/publications/2001/TICImpactMotiv.pdf

LEBRUN, M. (2004). Technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’UCL : allier pédagogie et technologie. Profetic 1(1) [Consulté le 24 mai 2006] l’adresse
http://www.profetic.org:16080/revue/article.php3?id_article=9

LONG, D. (année inconnue). Les TIC et la motivation des élèves. [Consulté le 21 mai 2006] à l’adresse
http://www3.umoncton.ca/ShowDown.cfm?AccDate=%25%228%5C(X14%20%0A

OUELLET, J. et DELISLE, D. (2000). Les TIC et la réussite éducative au collégial. Clic (37). [Consulté le 21 mai 2006] à l’adresse
http://clic.ntic.org/clic37/reussite.htm

POELLHUBER, B. et BOULANGER, R. (2001). Un modèle constructiviste d’intégration des TIC. [Consulté le 24 mai 2006] à l’adresse
http://www.cdc.qc.ca/textes/modele_constructiviste_integration_TIC.pdf

TARDIF, J. (1998). Intégrer les nouvelles technologies de l’information : Quel cadre pédagogique? Paris, ESF Éditeur.

1 Comments:

Blogger Roselene said...

Caroline,

Ton article est très intéressant et très bien écrit. Il soulève d'une façon appropriée les avantages et les inconvénients d'intégrer les TIC dans l'enseignement. J'ai surtout apprécié d'apprendre que les filles profitent plus des TIC pour apprendre que les garçons. Ah, les garçons... Ils veulent toujours jouer! ;-) Bravo pour ton article très instructif.

1/6/06 22:18  

Publier un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home