2006-05-21

Les TIC ça ne change pas le monde ?

(c) 2006, Paule Filion
Une journée type dans la vie d'un projet de coopération internationale
8h30 Montréal – Paule commence sa journée en prenant connaissance de ses courriels dans First Class un
gestionnaire de courriels intranet. Elle a déjà reçu un courriel de Dorothée de Ouagadougou. (Il est 12h30 à Ouagadougou, 4 heures de décalage avec le Canada). Ils ont reçu la dernière version du protocole d’entente qui scellera la relation de partenariat entre le RECIF, un réseau d’ONG burkinabè et GG, une firme canadienne.
8h50 Québec – France reçoit un message de Paule, Le RECIF enverra par
télécopieur le protocole signé, elle peut faire le transfert de fond avec la Banque du Burkina. France envoie ainsi immédiatement un courriel à la banque avec copie conforme à Paule, Dorothée, Danielle et Pierre 13h00 Ouagadougou - Dorothée reçoit confirmation du transfert de fonds. Elle appelle la banque pour savoir quand l’argent sera disponible.
9h00 Hull – Danielle prend note que l’argent va être transférer pour le projet XX908… 13h00 Bamako - Pierre est au Mali, il vient de se brancher de sa chambre d’hôtel et voit que le transfert de fonds vient de se faire. Très bien, ils ont dû finaliser le protocole.
9h05 Québec – Julien reçoit un
power point que Paule a préparé pour le prochain atelier avec le groupe de travail Burkinabè. Elle lui demande ses commentaires.
13h05 Ouagadougou – Éléonore et trois représentants d’organisations partenaires reçoivent le même courriel concernant le power point
9h10 Montréal – Paule reçoit un accusé de réception d’Éléonore qui en profite pour lui confirmer qu’elle a fait les invitations aux membres du groupe de travail burkinabè. Les représentants de 15 organisations (ONG et ministères) seront présents à l’atelier de juin.
9h15 Ouagadougou - Bravo Éléonore a écrit simplement Paule
10h00 Québec – Julien reçoit un courriel de Stéphanie qui lui demande de le téléphoner (une nouvelle à lui annoncer)
10h10 Québec - Julien téléphone à Stéphanie, elle n’a pas osé lui annoncé par courriel qu’elle ne pourra pas être présente à l’atelier de juin. Il discute ensemble des critères pour choisir un nouveau stagiaire parmi les 10 jeunes avocats membres du Jeune de Barreau. Ce sont tous des bénévoles au projet, ils se sont engagés pour deux ans afin de vivre une expérience de coopération et mieux comprendre la question des droits humains au Burkina Faso. Ils sont invités à réaliser des activités d’éducation du public canadien et à écrire leurs témoignages sur le
blog du projet .Stéphanie confirme qu’elle pourra assister à la viséoconférence qui se tiendra avec les deux groupes de travail du Burkina Faso et du Canada à la fin de l’atelier.
10h20 Québec, Montréal – Les membres du groupe de travail JBQ et Paule reçoivent un courriel qui explique la situation et donne les critères pour le recrutement d’un nouveau stagiaire.
11h00 Montréal – Québec – Paule et Julien reçoivent un courriel qu’un membre du groupe de travail du Burkina Faso a déposé un document sur le droit des femmes au Burkina Faso dans le
site FTP.
Le message est transféré à toute la liste des partenaires (au total 35), le message est reçu à 12h00 à Montréal, Québec et Ottawa et à 16 h00 à Ouagadougou et Bamako
Qui sont Paule, Julien, Pierre, Éléonore, Dorothée, etc. ?
Ils collaborent tous à une recherche-action qui expérimentera des services non judiciaires de règlements de conflits conjugaux pour un plus grand accès des femmes burkinabè à leurs droits.
* Paule, est chargée d’un projet pour de coopération international qui se déroule au Burkina Faso. Elle travaille pour GG, groupe conseil situé à Montréal.
* France est conseillère financière pour le projet. Elle travaille au siège social de GG à Québec
* Dorothée est la Présidente du CA du RECIF un réseau d’ONG du Burkina Faso
* Danielle est Chargée de programme à l’ACDI à Hull
* Pierre est le Directeur de Paule, France et Julien. Il est en voyage d’affaires au Mali
* Julien est conseiller en droit chez GG à Québec.
*Éléonore est coordonnatrice au RECIF à Ouagadougou
* Stéphanie est membre du Jeune Barreau de Québec comme les 10 autres volontaires qui participent au projet et réalise des activités de sensibilisation auprès de jeunes canadiens
* Toutes les organisations membres du groupe de travail sont au Burkina Faso
Tous font partie de ce qu’on peut appeler une «communauté de pratique», c’est-à-dire «des professionnels [qui] se regroupent et s’organisent pour : partager des informations et des expériences, relatives à leur domaine d’intervention ; échanger et coopérer afin de résoudre ensemble les problèmes auxquels ils sont confrontés dans leurs activités professionnelles ; apprendre les uns des autres et construire ensemble des connaissances.» (Panisse, 2004)
Communauté de pratiques ou d’intérêts ?
À la différence des équipes de travail conventionnelles dans une entreprise, la communauté de pratique ne regroupe pas nécessairement des membres d’une même organisation, mais plutôt des personnes de différents horizons qui se regroupent autour d’un but commun et réalisent ensemble un même projet. En ce sens, ils forment également une «communauté d’intérêt» qui serait selon Prax (2004) «un réseau […] qui joue un rôle important dans la dissémination de l’information» tandis que les communautés de pratiques serait «centré sur la compétence» et le groupe projet «sur la tâche»
Dans ce cas précis, les membres cette communauté jouent tour à tour ces multiples rôles. Au total, ils sont une centaine de personnes, représentants plus d’une vingtaine d’organisations qui participeront à ce projet et ce sur deux continents. Certains sont bénévoles et participent à des groupes de travail, d’autres sont salariés et occupent des fonctions précises au sein du projet. Le terme communauté prend, ainsi, le sens attribué par Charbit, Claire et Fernandez, Valérie (2002) «des entités sociales dont les membres partagent des intérêts communs les engageant dans une démarche de coopération et d’échange d’information. […]

Communautés d’apprentissage ?
Le concept de communautés de pratiques nous amène à concevoir différemment les pratiques professionnelles, mais également la formation professionnelle. Wenger (2005) nous rappelle qu’«en général, les institutions intéressées à l’apprentissage ont tendance à le concevoir tel un phénomène personnel qui se manifeste à l’intérieur d’une durée bien précise. Il est dissocié des activités courantes de l’individu et il est indubitablement le produit de l’enseignement.» Quand on pense à un projet comme celui du Burkina Faso, on est convaincu des opportunités d’apprentissage de ce projet. Il en est de même pour une multitude de pratiques professionnelles et de communautés d’apprentissage. Wenger (2005) nous invite «à adopter un point de vue différent, une perspective qui situe l’apprentissage dans le contexte d’une expérience de participation vécue dans le monde. […] Une communauté de pratique est un contexte dynamique qui permet l’accès à la compétence et met en branle une expérience d’engagement où la compétence est intégrée à une identité de participation. Quand ces conditions sont en place, les communautés de pratique sont un lieu privilégié d’acquisition du savoir.» Les communautés de pratique peuvent être de véritables communautés d’apprentissage. En tant que gestionnaire, il devient porteur de concevoir non plus nos collaborateurs comme une simple équipe-projet mais comme une communauté participant à un objectif commun à travers lequel ils échangeront sur leurs pratiques et développeront leurs compétences.

Les TIC ça change le monde
L’avènement des TIC n’est pas étranger à l’apparition des concepts de communautés de pratiques en mangement. Elles permettent de revisiter complètement nos modes de gestion et notre conception du travail. Par exemple, dans le secteur de la coopération internationale, les TIC ont modifiées grandement les pratiques professionnelles. Vingt ans dans ce secteur m’ont permis d’assister à une véritable révolution des modèles d’intervention qui peut être attribuée en partie aux transformations technologiques. En effet, il y a vingt ans, les partenaires locaux et les organismes internationaux ou bailleurs de fonds communiquaient soit par téléphone (très couteux) ou par télex (très lent et couteux) et les rapports étaient envoyés par courrier. Inutile d’ajouter que les communications étaient plutôt rares, toujours en différées et les prises de décisions également.
L’arrivée du fax a modifié la façon d’envisager les communications, mais c’est avec internet qu’on assiste à une véritable révolution. Travailler à distance devient simple et n’altère pas ou très peu la qualité des communications et la prise de décision. Il est possible d’établir des partenariats réels entre les organisations du Nord et du Sud sans être sur place et risquer la substitution. Les modes de gestion empruntent à des modèles d’accompagnement beaucoup plus respectueux des dynamiques locales. En ce sens, les TIC ont modifié profondément les pratiques de coopération.
L’exemple de modification des pratiques professionnelles par les TIC est frappant en coopération internationale à cause des distances qu’elles ont fait disparaître, mais pourrait se rapporter à plusieurs pratiques professionnelles et donc à une diversité de communautés de pratiques.
Panisse (2004) va dans le même sens en affirmant «qu’aujourd’hui, les communautés de pratique doivent leur « renaissance » au développement des TIC. Les TIC contribuent notamment à leur fonctionnement, en facilitant les échanges et l’accès aux informations.»

TIC et apprentissage
En tant que gestionnaire de projet, il devient important de se préoccuper non plus uniquement de gestion mais également de partage des connaissances et co-construction des savoirs. Il nous faut devenir un e-manager qui devra «trouver les moyens et les solutions pour créer un terrain fertile propice aux échanges et à la confiance entre des populations d’individus concernées par une même problématique de gestion des connaissances». (Dorane 2005)
Déjà la méthode de recherche-action adoptée dans le projet reposait sur des principes
d’intelligence collective en y ajoutant d’autres technologies tel que la vidéoconférence, les forums de discussions et des plates-forme d’apprentissage etc. il est devient possible de modifier la façon même de coopérer. Par exemple, la création d’un site FTP pour le projet offre une grande possibilité de partage de connaissances. Il donne la possibilité de déposer de documents de références et les productions qui seront produites par le groupe sur un site accessible pour l’ensemble de la communauté de pratique. Cette bibliothèque virtuelle offre aux organisations du Sud un accès à l’information qui aurait été impensable il ya de cela quelques années.
La technologie offre des occasions de modifier nos façons de faire. Elle contribue à réduire la distance entre artisans préoccupés de justice sociale dans le monde et à nous rapprocher de l’utopie du village global de Marshall Macluhan.
Dans ce contexte de mondialisation des savoirs, les institutions de formations professionnelles, que sont les Cegeps, doivent prendre non seulement le virage des TIC, mais celui de la mise en commun des savoirs à travers des communautés d'apprentissage au Québec, au Canada et pourquoi pas ailleurs ?

Webographie
Panisse, Guy. (2004) Pourquoi s’intéresser aux communautés de pratiques, fiche technique no 28 – Lettre en ligne du CEDIP, janvier 2004 [consulté le 20 mai 2006] à l’adresse : http://www.3ct.com/ridf/Cedip/productions/En%20lignes/Fiche%20technique/Numero28/ftechnique28.htm
Prax, Jean-Yves (?) article publié sur le site Pôle productique Rhones-Alpes [consulté le 20 mai 2006] à l’adresse :
http://www.productique.org/web/web3.nsf/web/ 9A7E27BB263F0666C1256DB90023C6B1?OpenDocument
Cyril Docquin (2004) Communautés de pratiques [consulté le 20 mai 2006] à l’adresse : http://www.communautedepratique.org/modules.php?name=News&file=article&sid=3
Dorane, Max (2005) Challenge pour le Knowledge manager [consulté le 20 mai 2006] à l’adresse :http://caspeex.over-blog.com/article-1341829.html Pelletier, Guy et Solar, Claudie, L,organisation apprenante : émargence d’un nouveau mod`le de gestion de l’apprentissage [consulté le 20 mai 2006] à l’adresse : http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/act_educ/education/apprendre/ savoirs_p3.htm
Bibliographie
Charbit, Claire et Fernandez, Valérie (2002), Les trajectoires d’adoption des tic dans les systèmes productifs localisées : vers des communautés virtuelles ? Version provisoire Bretagne, Département Économie, Gestion, Sciences Humaines et Sociales, École Nationale Supérieure des Télécommunications
Belet, Daniel.(2003) Devenir une vraie entreprise apprenante : les meilleures pratiques, Paris, Éditions d'Organisation, 217 pages.
Lebrun, Marcel. (1999). Des technologies pour enseigner et apprendre, Paris, Bruxelles. collection : Perspectives en éducation, 240 p.
Payette, Adrien et Champagne, Claude. (1997)
Le groupe de codéveloppement professionnel, Ste-Foy, Presses de l'Université du Québec, 211 p.
Wenger, Etienne, La théorie des communautés de pratique, traduction et adaptation de Fernand Gervais, Saint-Nicolas : Presses de l'Université Laval, 2005, 309 p.
Quelques adresses pour les définitions de technologies
télécopieur :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fax
power point : http://fr.wikipedia.org/wiki/PowerPoint
viséoconférence :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Videoconférence
Plate-forme d’apprentissage :
http://www.tact.fse.ulaval.ca/aide/vu_aide.htm
Site FTP :http://www.google.ca/url?sa=X&start=0&oi=
define&q=http://www.a-yant.com/internet-S.php
Blog :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Wiki#Diff.C3.A9rences_entre

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