2006-05-26

Le mentorat, un mode d’accompagnement à intégrer en éducation

© 2006, Isabelle Bittar


Chaque année, nous nous étonnons du nombre élevé de jeunes qui décrochent du système scolaire. Plusieurs facteurs pédagogiques ou sociaux peuvent certainement expliquer ces résultats. Toutefois, quelques actions pourraient aider à faire une différence auprès des jeunes. Parmi celles-ci, le mentorat peut être une approche intéressante pour ceux qui ont besoin de plus d’encadrement et d’encouragements pour poursuivre leurs études.

D’où vient le mot mentor ?

Ce mot serait originaire de la Grèce. Mentor est un personnage de la mythologie grecque, un ami d’Ulysse. Ulysse étant souvent absent, il confie Télémanque, son fils, à Mentor car il reconnaît la grande sagesse de Mentor, faisant de lui un bon précepteur et un conseiller avisé (Cuerrier, 2001).

Qu’est-ce que le mentorat ?

Selon la source consultée, le mentorat peut se définir de façons nuancées.

Le mentorat est avant tout une relation d’accompagnement de personne à personne. Celle-ci repose sur l'encouragement, les commentaires constructifs, la franchise, la confiance mutuelle, le respect et la volonté d'apprendre et de partager (Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, 2000). Le mentorat est également une relation interpersonnelle de soutien, d'échanges et d'apprentissage, dans laquelle une personne d'expérience investit sa sagesse acquise et son expertise afin de favoriser le développement d'une autre personne qui a des compétences à acquérir et des objectifs professionnels à atteindre (Mentorat Québec 2006).

On retrouve souvent cette relation dans les milieux de travail où le mentorat est défini comme une relation entre un adulte senior expérimenté et un adulte junior en formation ou en apprentissage qui aspire à se développer (savoir, savoir-faire, savoir-être) (Houde, 2004).

Ce concept est souvent confondu avec le coaching, une approche qui vise à aider dans le développement des personnes dont les différences seront soulignées un peu plus tard.

Quoique parfois difficiles à saisir, certains ingrédients sont essentiels à la définition du mentorat et au succès de la relation (Mentorat Québec, 2006):

  • elle se développe à long terme;
  • elle s'installe entre une personne confiante et expérimentée et une moins expérimentée;
  • elle suppose que la personne qui choisit d'être mentorée est disponible et disposée à accueillir le soutien de son mentor pour favoriser son développement professionnel et faciliter le vécu des transitions de la vie;
  • elle vise des échanges où la communication honnête et l'ouverture constituent les attitudes fondamentales.

Le lexique : essentiel pour bien se comprendre!

Afin de bien définir le rôle de chacun, il est primordial que les termes soient clairs pour tous. Voici donc les définitions proposées par Mentorat Québec sur leur site Internet (Mentorat Québec, 2006) :


Le mentor est une personne d'expérience qui possède l'assurance et la sagesse qui l'incite à valoriser le transfert de ses acquis à d'autres personnes moins expérimentées. Elle est donc motivée et disposée à offrir ses compétences, ses connaissances et sa vision de la vie à un plus jeune, afin de soutenir ce dernier dans la réalisation de ses objectifs personnels et professionnels.


Le mentoré est une personne en quête d'accomplissement personnel et professionnel, motivée à utiliser les connaissances, les habiletés, les valeurs offertes par un senior, afin que soit facilitée l'atteinte de ses objectifs personnels et professionnels.


La relation mentorale se caractérise par l'ouverture à l'autre, la réciprocité, la gratuité et le volontariat. Elle se développe à long terme, suffisamment pour faciliter le vécu des transitions personnelles et professionnelles, favoriser la réalisation de soi et contribuer au développement des deux personnes impliquées.
Elle peut se développer dans le cadre de programme formel, quand une organisation favorise ce mode d'apprentissage et de développement personnel et professionnel. Elle a avantage à être encadrée par des règles éthiques définies en fonction des objectifs.


La différence entre un coach et un mentor

Plusieurs d’entre nous ont déjà eu un coach dans notre vie, donc comprennent mieux le rôle de dernier. Que ce soit dans une équipe sportive ou pour une chorale, le coach a souvent eu un rôle important. Il faut toutefois faire attention, car mentorat et coaching sont souvent confondus lors de la mise en place d’un programme de dans une institution scolaire. Les objectifs clés du mentorat sont le support et la croissance personnelle du mentoré tandis que la correction d’un comportement inapproprié et l’amélioration de la performance sont plutôt des rôles attribués à un coach (Harvard Business School Publishing Corporation, 2004)
[i].

Alors que le coaching est généralement utilisé pour des tâches répétitives et de nature similaire, le mentorat est une approche plus souvent utilisée pour la formation en emploi de personnes occupant des postes de niveau supérieur dans des situations plus complexes (École Nationale d’Administration Publique, 1998).

Les qualités d’un bon mentor

Ce n’est pas tout le monde qui peut devenir un bon mentor. Une personne qui a du succès dans son travail ne sera pas nécessairement la bonne personne pour le mentoré. Le bon mentor doit être accessible, prendre le temps d’enseigner ce qu’il sait nourrir des attentes réalistes envers son apprenti et promouvoir la fidélité à des normes de qualité élevée (Francoeur, 2004).

La nature de la relation varie selon le style personnel des partenaires. Idéalement, le mentorat devrait être un processus simple reposant sur le respect, la confiance et l'intérêt des deux parties. Les rapports entre le mentor et l'apprenti devraient être basés sur des attentes réalistes, de part et d'autre, et pouvoir s'adapter selon les circonstances. Ils sont fructueux lorsque les styles personnels sont compatibles, sans être nécessairement identiques. Chaque partie doit également se sentir à l'aise dans la relation (Agence de gestion des ressources humaines de la fonction publique du Canada, 2003). Il est donc important dans le cadre d’un projet pédagogique de bien sélectionner les participants afin d’augmenter les chances de succès d’une telle relation.

Quelques conseils pour mettre en place un système de mentorat

Le premier point à considérer dans la mise en place d’un système de mentorat est l’appui de la direction. Que ce soit au niveau de l’école où les mentorés (étudiant) ou encore les patrons de la personne qui devient un mentor, il est essentiel que le projet soit encouragé.

De plus, la participation doit être volontaire et non imposée. Les personnes impliquées doivent avoir la motivation personnelle de désirer participer à un tel projet. Si le recrutement se fait correctement, la sélection doit tenir compte du niveau de motivation de chaque participant.

Il ne faut toutefois pas oublier qu’à la suite de la sélection, un pairage approprié doit être mis en place. Les participants devraient compléter des formulaires de motivation, mentionnant leurs intérêts, leurs habiletés et avoir un mot à dire dans le pairage.

Il est également important d’effectuer de la formation aux participants afin que chacun comprenne bien son rôle et comment se préparer aux rencontres. Aussi, le soutien moral tout au long du processus est primordial afin que les participants n’abandonnent pas en cours de route.

Formes innovatrices de mentorat

Avec l’avancement des technologies, il y a plusieurs moyens d’instaurer des programmes de mentorat qui sont accessibles à un plus grand nombre de personnes. On utilise de plus en plus le « e-mentorat » c'est-à-dire le mentorat par de moyens électroniques, que ce soit les courriels, les forums et le clavardage. Cette méthode accessible permet de garder un contact régulier et permet d’égaliser les statuts entre les personnes en faisant tomber une barrière. Toutefois, cette méthode peut également créer des situations de mauvaises communications dans la relation mentorale.

Les auteurs de « Power Mentoring » ont également défini d’autres formes innovatrices de mentorat qui sont intéressantes à considérer dans un cadre corporatif, mais qui seraient facilement applicables dans un environnement scolaire.

Ils proposent des types différents tels que « nouvelles frontières » qui suggère une relation de mentorat entres « personnes d’organisations compétitrices » tel que des partis politiques adverses de même que des relations mentorales de « groupes » afin de maximiser les possibilités de rencontre et d’accès aux personnes normalement très occupées ou encore un mentorat « inversé », où la personne sans expérience devient le mentor et celle qui est expérimentée le mentoré (Ensher et Murphy, 2005)
[ii].

Des résultats ou de l’espoir ?

Cette approche semble être une solution intéressante pour motiver les jeunes à se développer lors de leurs études et à ne pas décrocher. Plusieurs organismes connus tels que le YWCA, le Cégep Bois-de-Boulogne et le Barreau de Montréal ont mis sur pied de tels programmes. Par ailleurs en 1996, un organisme communautaire de Montréal, Prométhée, a également mis sur pied un tel programme, en partenariat avec neuf écoles secondaires. Celui-ci consistait à jumeler un adulte avec un adolescent pendant une période d’un an. Un mentor a rencontré son mentoré en moyenne sept fois une heure au cours de l’année (Association francophone pour le savoir, 2003).

Par la suite, une équipe dirigée par la chercheuse Manon Théorêt, vice-doyenne à la recherche à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, a évalué cette expérience. Il a été constaté que le mentorat tel que pratiqué dans ce projet n’a eu pratiquement aucun effet sur le plan scolaire ou psychosocial chez les adolescents qui étaient à risque d’abandon. Ces résultats ont grandement surpris, car malgré le petit nombre d’études sur le sujet, une étude américaine laissait entrevoir beaucoup d’espoir à ce type de projet (Association francophone pour le savoir, 2003).

Une piste à explorer

Sans nécessairement être la solution miracle, cette approche a certainement des avantages intéressants pour les participants. Lorsque bien encadrés, tous les participants bénéficient grandement d’un tel programme. Pour le moment au Québec cette approche reste peu connue, toutefois la mise en place de nombreux projets de cette nature laisse croire que le mentorat est une voie intéressante pour motiver les jeunes dans leur cheminement de carrière et peut-être même les garder un peu plus longtemps sur les bancs d’écoles.

[i] Traduction libre.

[ii] Traduction libre.



Médiagaphie

AGENCE DE GESTION DES RESSOURCES HUMAINES DE LA FONCTION PUBLIQUE DU CANADA (2003) Mentorat
http://www.hrma-agrh.gc.ca/mtp-psg/mentors_f.asp . Consulté le 22 mai 2006.

ASSOCIATION FRANCOPHONE POUR LE SAVOIR (2003) Le mentorat scolaire à raffiner
http://www.acfas.ca/decouvrir/enligne/scienceclips/212_mentorat.htm . Consulté le 24 mai 2006.

CUERRIER, C. (2001) Le Mentorat et le monde du travail: un modèle de référence, Québec, Les Éditions de la Fondation de l’entrepreneurship, 84 pages.

ÉCOLE NATIONALE D’ADMINISTRATION PUBLIQUE (1998) Le coaching et le mentorat
http://enap.uquebec.ca/seminaires-nov98/methode/coaching.htm . Consulté le 24 mai 2006.

ENSHER, Ellen A. et MURPHY, Susan E. (2005) Power Mentoring, San Fransisco, John Wiley & Sons, 355 pages.

FRANCOEUR, F (2004) Quelques clés pour réussir sont travail de mentorat. Les Affaires (Montréal), 13 mars 2004, p.33

SECRÉTARIAT DU CONSEIL DU TRÉSOR DU CANADA (2000) Un guide sur le mentorat des étudiants
http://www.tbs-sct.gc.ca/pubs_pol/hrpubs/tb_856/agtms1_f.asp#_Toc490557274. Consulté le 24 mai 2006.

HARVARD BUSINESS SCHOOL PUBLISHING CORPORATION (2004) Coaching and mentoring: How to Develop Top Talent and Achieve Strong Performance, Harvard Business School Press, 155 pages.

HOUDE, R. (2004). Le mentorat, une culture à consolider. Le Devoir (Montréal), 5 janvier 2004, p.A6.

MENTORAT QUÉBEC (2006) Qu’est-ce que le mentorat?
http://www.mentoratquebec.org/mentorat.php?PHPSESSID=5620391934f5816aa2f9ee1402300165 . Consulté le 22 mai 2006.

THÉROUX, P. (2002) Le cybermentorat se met au service des étudiants. Les Affaires (Montréal), 29 juin 2002, p. 34

TREMBLAY, J. (2006) Mentorat et coaching. La Presse (Montréal), 28 janvier 2006, Carrières professions p.2

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