2006-05-26

L'APP, bien plus que des lettres!

(c) 2006, Judeline Nicolas

Durant ma longue carrière d'étudiante, une remarque revenait souvent dans mon esprit, on enseigne beaucoup au niveau collégial et universitaire, cependant l'on a impression d'apprendre peu. Je me suis interrogée sur ce fait et j'en suis venue à la conclusion que l'inverse était probablement possible, c'est-à-dire d'apprendre beaucoup et peu enseigner. Je suis certaine que les tenants de l'apprentissage par problèmes seraient sans doute d'accord avec moi. Mais qu'est-ce que l'apprentissage par problèmes (APP)? Est-ce une étude de cas? Est-ce une résolution de problèmes? Quelle est son origine? Découvrons le mystère entourant cette formule pédagogique qui connaît un essor important partout à travers le monde.

Qu'est-ce que l'APP?

Il existe plusieurs définitions de l'APP, mais voici celle que j'ai retenue. Bourque et Garnier( )définissent l'apprentissage par problèmes (APP) ou problem based learning (PBL) comme suit: ''Formule pédagogique centrée sur l'élève oû le problème sert de prétexte à l'apprentissage d'un nouvelle matière. L'élève doit chercher, organiser, et synthétiser les informations concernant le problème à l'étude, non pas dans la perspective de résoudre le problème mais plutôt d'analyser le problème. Approche inductive (Mauffette, 1995) qui permet de mettre en lumière les conceptions initiales des élèves sur certains concepts. En APP, les élèves, regroupés en équipe, travaillent à résoudre ce problème (plus ou moins complexes) pour lequel ils n'ont reçu aucune formation au préalable. Les apprentissages de contenu et le développement des compétences dans la résolution de problèmes se font pendant le processus d'apprentissage par problèmes."

Dans le passé, et encore un peu aujourd'hui, l'APP a été confondu à l'étude de cas et la résolution de problème. Bien qu'elle ressemble à l'étude de cas, il diffère un peu, car l'étude de cas se solde souvent par un rapport. Quant à la résolution de problème, la finalité est de trouver une réponse au problème, tandis que le but de l'APP n'est pas nécessairement de résoudre le problème, mais de mettre l'accent sur les stratégies cognitives déployées pour analyser et trouver des solutions efficaces aux problèmes complexes et authentiques que l'apprenant utilisera de nouveau en situation réelle.
Un peu d’histoire…

Quelle est l’origine de cette méthode d’enseignement ? À quel courant de pensée d’apprentissage appartient-il ? Son origine n’est pas claire. Cependant, certains estiment que cela remonterait au début du 20e siècle. En effet, l’APP trouve sa source dans les travaux de Dewey qui insiste sur le fait que les connaissances ne se transfèrent pas directement et l’apprentissage requièrent une participation active de l’apprenant. Donc, il développa une approche pédagogique qui utilise des problèmes tirés de situations de la vie quotidienne.Aussi, il insiste, également, sur l'autonomie de l'apprenant. Pour lui, il s’agit d’un point de départ à partir duquel l’apprentissage se réalise. Enfin, cette formule pédagogique s’inscrit dans le cognitivisme et le constructivisme.

Plus près de nous, au milieu des années 60, l’université Mc Master en Ontario développe une démarche d’apprentissage qui utilise des situations problèmes afin de favoriser le développement des habiletés de résolutions de problèmes. Cette approche nommée problem based learning (PBL) a été traduite par apprentissage par problèmes (APP). La première application de l'APP fut dans les écoles médicales. En effet, les professionnels médicaux doivent maintenir une compétence dans leur domaine et continuer leur apprentissage tout au long de leur vie. Donc, l'APP était bien approprié à ce secteur. De nos jours, l'APP a gagné progressivement du terrain notamment dans les écoles médicales et professionnelles oû il revêt des différentes formes.
Conceptions et principes de base de l'APP
L'enseignement par APP met l'accent sur l'acquisition et le traitement des connaissances plutôt que sur leur transmission et leur mémorisation. Par conséquent, le but que l'on vise est de développer l'autonomie de l'apprenant et son implication dans la résolution de problèmes, peu importe le domaine. De plus, les changements dans la société au niveau de l'emploi génèrent de nouvelles attentes à l'égard de l'école. En fait, elle exige des individus qu'ils puissent travailler en équipe et s'adapter à l'évolution des rôles. (Barbeau, Montini et Roy, 1997).
Voici les principes de bases essentielles à l'APP
1. Accent mis sur le sens, pas sur les faits:
La plupart des étudiants retiennent et emploient peu de ce qu'ils apprennent par coeur ou lorsqu'on enseigne uniquement sous forme d'exposé magistral. L'APP essaie d'engager et de rendre actif les étudiants dans la recherche de résolutions par rapport à un problème contextualisé. Par conséquent, l'étudiant donne un sens à ce qu'il apprend, récupère et utilise la connaissance appropriée, lorsqu'il est confronté à une situation problème dans sa pratique professionnelle. (Stanford Learning Lab, 2002).

2. Centré sur l'apprenant:
L'étudiant a un rôle actif dans son apprentissage. En fait, il assume une plus grande responsabilité dans son apprentissage, puisque l'enseignement direct est réduit dans cette formule pédagogique. Donc, celui-ci est de plus en plus indépendant du professeur. Par ailleurs, le rôle de l'enseignant est celui d'expert de la matière, facilitateur et guide ressource.(edutech wiki). Finalement, si l'on regarde les avantages de cette formule pédocentrée, on constate que le développement de l'autonomie de l'étudiant dans son apprentissage produit un apprenant indépendant pour toute la vie.
3. Utilisation de problèmes réels:
Selon, Proulx ( 1997), l'habileté à résoudre des problèmes est indispensable dans cette société qui présente des défis de plus en plus complexes. De plus, cette habileté est devenue une exigence du milieu du travail qui mise sur la créativité pour résoudre des problèmes qui se posent quotidiennement. Étant donné que les problèmes de la vie réelle, soit en milieu de travail ou autre, sont rarement bien structurés et très changeants, il est primordial pour les apprenants de pratiquer la résolution de problèmes contextuels, appropriés qui réflètent la vie réelle.
La méthode
Le processus de l'APP se résume en 4 phases:
Phase 1: Se fait en groupe de 5 à 7 personnes.
Il y a discussion sur la situation-problème:
  • Lire le problème
  • Définir le problème
  • Analyser le problème
  • Organiser ses hypothèses explicatives
  • Formuler des objectifs d'apprentissages

Phase 2: Se fait individuellement. Recherche d'informations (à la bibliothèque, bibliographie, experts, autres)

Phase 3: Revient en petit groupe. Synthétiser et vérifier les informations issues de l'étude individuelle. Le professeur évalue et valide les informations.

Phase 4: Se fait individuellement. Il y a auto-évaluation et rédaction du bilan des connaissances acquises par les étudiants.

Il est important de mentionner que même si l'élève est actif dans son apprentissage, l'enseignant contrôle tout de même la démarche. Celui-ci est responsable de guider et de faciliter l'apprentissage. Aussi, il doit aider les étudiants à se familiariser et s'approprier le processus de l'APP, sans toutefois donner les informations théoriques aux étudiants. (Le trait d'union, 2004 ).

L'utilisation de l'APP en soins infirmiers

Le contexte dans lequel s'inscrit, depuis quelques années , la pratique infirmière demandait inévitablement une transformation de l'enseignement au niveau collégial. En effet, la pénurie de ressources humaines et matérielles, les besoins complexes et accrus de la population en matière de santé, l'émergence de nouveaux champs de compétence sont autant de facteurs déterminants qui appelaient à des méthodes différentes d'enseignement des soins infirmiers. De plus, les nouvelles réalités ont contribué à l'élargissement du rôle de l'infirmière pour lequel, elle doit faire preuve de débrouillardise, d'autonomie, et démontrer l'habileté de travailler en équipe ainsi qu'en interdisciplinarité.

En 2001, les chercheuses Raymonde Cossette, Suzanne Mc Clish et Kim Ostiguy, trois enseignantes du Cégep Vieux Montréal, ont conduit une étude sur l'adoption de l'apprentissage par problèmes. Cette étude comportait deux volets: dans le premier, elles évaluaient les effets de l'APP sur différentes variables. Dans le second, elles rapportaient l'analyse d'une expérience d'adaptation de la méthode d'apprentissage du raisonnement clinique (ARC), l'une des variantes de l'apprentissage par problèmes.

En résumé, la recherche a démontré que les élèves manifestent un intèrêt plus marqué et une participation plus active aux activités d'apprentisage. De plus, il y a un recours important aux stratégies de traitement de l'information, de gestion et de métacognition. Finalement, il y a un taux de réussite plus élevé. Quant à l'ARC, les séances portent fruit, car l'on observe des gains significatifs pour les habiletés et le processus du raisonnement clinique des infirmières.

En conclusion, bien que l'APP possède d'excellentes qualités et qu'elles démontrent des résultats significatifs chez les étudiants dans plusieurs recherches. Elle comporte des limites comme toute formule pédagogique et n'est pas le remède miracle de tous les maux. Il conviendra à chaque en seignant d'adapter cette formule afin de pallier certaines lacunes. Toutefois, je dois admettre que cette formule est plus motivante que les exposés magistraux auxquels j'avais doit lorsque j'ai suivi ma formation au niveau collégial. Je suis convaincue que cette approche va se répandre comme une traînée de poudre parmi les futurs enseignants désireux et soucieux de transformer leur pratique pédagogique.

MEDIAGRAPHIE


Barbeau, D., Montini, A., Roy, C. (1997). Tracer les chemins de la connaisssance, Montréal, Éditions de l’AQPC, 537 pages.


Chamberland, G., Louisette, L.Marquis, D. (1995) 20 formules pédagogiques. Presse de l’université du Québec, Québec, 176 pages.


Cossette, R., McClish, S.,Ostiguy, K.(2004).L’avenir prometteur de l’apprentissage par problèmes en soins infirmiers, Pédagogie collégial, vol 18, 2004, p3-7.


Dubeau, A. (2001) L’apprentissage par problèmes. Trait d’union, 4(4).


Proulx, L. (1997) Enseigner et apprendre la résolution de problèmes, Pédagogie collégial, octobre 1997(p18-22).


Guide d’appropriation de l’apprentissage par problèmes, consulté le 06/05/23.

http ;//app.cegepste-foy.qc.ca


Apprentissage par porblèmes- EduTech Wiki, consulté le 06/05/23

http://edutechwikiunige.ch/fr/Apprentissage_parprobl%c3%A8me


L’apprentissage par problème en soins infirmiers, consulté le 06/05/23

http://www.cdc.qc.ca/parea/rapportPAREACossette,McClish,Ostiguy2004pdf


SPU :Service de pédagogie universitaire. L’apprentissage par problèmes, consulté le 06/05/23.

http://www.det.fundp.ac/bc/spu/reseau/resau44.pdf/réseau44pdf


What is PBL? A Little History, consulté le 06/05/23 .

http://www.sll.stanford.edu/pubs/jeepark/plsite/whatis.htm

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