2006-05-25

Gens de lettres, branchez-vous !

La prolifération de documents et de ressources sur la grande toile offre plusieurs outils de plus en plus incontournables pour les professeurs de littérature qui souhaitent réinventer leurs méthodes d’enseignement. D’autant plus que l’étudiant d’aujourd’hui est à la fois motivé, habile et ouvert quant à l’intégration d’Internet dans le contenu des cours qu’il suit. «L’enseignant doit profiter de [son] attirance vers la machine et du plaisir qu’il a de s’en servir, pour lui faire découvrir que l’ordinateur est aussi un outil de formation conviviale et efficace. En effet, bien utilisé, il peut être un facteur de motivation déterminant.[1]»

Avant d’aborder la question d’Internet avec leurs étudiants, les professeurs devraient tenir compte des deux postulats suivants. Primo, Internet étant d’abord employé en tant que moyen de communication et de divertissement, il est possible que certains étudiants ne soient pas «suffisamment informés ni formés quant à l'utilisation pédagogique et méthodologique de l'Internet et ses différents services[2]», ce qui crée parfois des fractures entre les élèves très habiles avec les nouvelles technologies et ceux qui, faute de moyens ou d’expérience, le sont beaucoup moins. Secundo, si le professeur n’entend pas encadrer ses étudiants quant à l’utilisation d’Internet, tout porte à croire que plusieurs d’entre eux ne se priveront pas d’y avoir recours sans pour autant en maîtriser la méthodologie, pour le meilleur et pour le pire. Dans un tel contexte, force est d’avouer qu’une courte séance d’initiation aux possibilités et limites de la grande toile demeure hautement productive. Cette séance aborderait quelques techniques de recherche dans Internet, les outils pour évaluer la validité de l’information trouvée et la conscientisation des étudiants à la notion de plagiat. À la défense des étudiants de niveau collégial, notons que plusieurs d’entre eux ne savent pas précisément ce qu’est le plagiat et ce qu’ils ont le droit de faire lorsque vient le temps de citer leurs sources. À la suite de cette séance, ils seraient alors aptes à tirer profit de ressources inestimables dont voici les principales portes d’entrée.

Ressources accessibles aux étudiants

Parmi les plus connues, on compte les outils de référence, allant de la grammaire et la conjugaison des verbes jusqu’aux dictionnaires et encyclopédies. L’avantage de la toile est de mettre en présence plusieurs outils complémentaires, alors que la matérialité du livre (et son prix !) condamne l’étudiant à n’en posséder que quelques-uns. Voir notamment pour le savoir encyclopédique : www.wikipedia.org, pour la grammaire : www.synapse-fr.com, pour les synonymes et antonymes: elsap1.unicaen.fr/cherches_b.html
Notons également les compléments de lecture : textes biographiques, descriptifs, théoriques et analytiques concernant les œuvres et auteurs étudiés. L’étudiant averti optera pour des sites offrant des textes de références spécialisés. C’est le cas de Scholar Google : http://www.scholar.google.com/ qui répertorie des articles et des thèses issus des milieux universitaire et de la recherche. Du côté québécois, la plupart des revues universitaires québécoises déposent leurs articles, toutes matières confondues, sur http://www.erudit.org/. La plupart des articles peut être consultée gratuitement mais certains des articles exigent qu’on acquitte des frais d’abonnement. Par ailleurs, on rencontre de plus des thèses de maîtrise mises en ligne. Sur une base volontaire, le site http://www.cybertheses.org/ offre à la lecture un grand nombre de thèses et invite les étudiants francophones du monde entier à y déposer la leur.

Un grand nombre de sites offrent gratuitement des œuvres littéraires reproduites dans leur intégralité. Or, tous proposent un catalogue relativement similaire, puisque chaque livre ainsi numérisé doit être libéré de droits ; s’il arrive en quelques rares occasions qu’un auteur encore vivant accepte qu’on reproduise l’une de ses œuvres, il est beaucoup plus répandu que l’œuvre numérisée appartienne tout simplement au domaine public. Puisque les œuvres n’intègrent le domaine public qu’entre 25 et 70 ans après la mort de l’auteur (selon leur pays d’édition) il ne faut pas se surprendre de trouver plus facilement «Les fleurs du mal» de Baudelaire que le dernier Houellebecq ! De telles banques peuvent intéresser les étudiants démunis n’ayant pas les moyens d’acheter tous les livres au programme bien que plusieurs lacunes en limitent l’usage : l’inconfort généralement éprouvé à lire sur un écran, la longueur des textes qui en dissuadent l’impression ainsi que l’impossibilité d’effectuer des recherches par mots-clés à l’intérieur des textes. Voir : www.gallica.bnf.fr

Ressources à l’attention des enseignants

La toile permet d’instaurer une collaboration entre professeurs et institutions de régions et même de pays différents. Par exemple, il est possible d’établir des activités de correspondance ou d’obtenir du matériel didactique en visitant certains sites de regroupements d’enseignants dont voici les plus florissants : du Québec http://www.profweb.qc.ca/, de la Belgique www.restode.cfwb.be/francais et de la France http://www.weblettres.net/. Entièrement dédiés aux TIC, ces portails offrent des activités, cours et didacticiels à télécharger, des références et des forums de discussion qui permettent à tout enseignant d’implanter des activités multimédia dans ses méthodes pédagogiques. En consultant les sites de ses pairs partout dans le monde, l’enseignant peut découvrir de nouvelles idées et comparer de façon constructive son enseignement. L’emprunt et le partage de documents sont possibles, dans la mesure où l’accord de l’auteur est obtenu.

Dans le cadre de l’enseignement de la littérature, Internet pourrait sembler a priori plus adapté à un usage en dehors de la classe, que ce soit «en complétant le cours par des ressources numériques que l’élève doit étudier par lui-même, en transférant une partie du cours en ligne pour aider l’élève à l’assimiler [ou] en créant un blogue corrélé au cours[3]» par exemple. Soit, mais le danger de l’isolement guette toujours l’étudiant qui travaille en ligne en dehors du cours. «Les problèmes liés au manque d’engagement et de persévérance, de non-participation et de procrastination des étudiants[4] seraient attribuables en bonne partie au médium asynchrone (en temps différé) utilisé et à la structure des cours[5][6] C’est pourquoi certains avant-gardistes demandent désormais d’avoir accès aux laboratoires informatiques pour certaines parties du cours. L’apprentissage en laboratoire se prête particulièrement bien à l’atteinte d’objectifs de complexité supérieure, lorsque la création des étudiants est sollicitée et que l’étudiant doit lui-même rassembler l’information dont il a besoin, notamment. «Les élèves ont de la facilité et prennent un intérêt à créer avec cet outil-là, c’est évident.» atteste Julie Pelletier, professeure de littérature au Collège Ellis de Drummondville depuis 1996. Quand on parle de créativité, Julie Pelletier prêche par l’exemple. Cette passionnée a réalisé un film portant sur l’œuvre de Nelligan intitulé De Nelligan à Loco Locass disponible pour le personnel enseignant sous la forme d’une trousse incluant le film sur DVD et un cédérom. Le DVD contient des «extraits de films et d'émissions de télévision, des chansons, des images d'archives et autres. On y présente également une série de documentaires inédits qui rassemblent les propos de Monique Leyrac, Claude Léveillée, Claude Dubois, André Gagnon, François Dompierre et les membres du groupe rap Loco Locass, pour ne nommer que ceux-là. Les intervenants y expriment leur conception et leur interprétation de la poésie d'Émile Nelligan. L'outil se compose en outre d'un appareil pédagogique de présentation, d'étude et d'analyse des textes du poète.[7]» Une telle initiative requiert beaucoup de temps et d’argent, elle n’est pas à la portée de tous. Or, une fois l’instrument créé, il peut être utilisé à grande échelle et sur plusieurs années.

En conclusion

Il n’y a pas de recette unique ni de dogme concernant le type d’activités et de cyber-contenus pouvant appuyer les apprentissages. Une chose est certaine, devant la généralisation de la pratique des TIC dans toutes les sphères de l’existence humaine, tant dans la vie privée que professionnelle et scolaire, les enseignants ont le devoir de prendre part à ce virage et ne se retrouvent pas démunis devant la décroissance presque inévitable du temps total de classe consacré aux exposés magistraux. Profs de littérature, usez de votre imagination ! La règle d’or est de toujours faire un retour en classe sur ces activités pour faciliter les aptitudes métacognitives des apprenants. Tandis qu’au niveau technique, un gage de succès est l’accessibilité des activités en ligne. Idéalement, elles devraient s’intégrer dans le site de l’institution afin d’éviter la multiplication de sites selon le nombre de cours suivis. Imagination, encadrement, accessibilité et cohérence sont les pierres angulaires de l’établissement de l’université virtuelle. S’il prépare l’étudiant à sa vie future, l’enseignant ne doit pas avoir peur de plonger lui-même dans le bain des nouvelles technologies.


Bibliographie

DRIDI, H., CHOUINARD, R., La transformation de l’université : vers une université virtuelle, Revue des sciences de l'éducation, Volume 29, numéro 2, 2003 (www.erudit.org/revue/index.html)

EZZAHRI, S., TALBI, M. et al., Usages de l’Internet dans les activités d’apprentissage des élèves, ( www.epi.asso.fr/internet/netpeda.htm )

FARIZON, Isabelle, Mise en place de l’Espace Numérique de Travail (ENT), Les dossiers de Weblettres, dossier 483, avril 2006 (www.weblettres.net/spip/plan.php3)

HÉBERT, Louis, Vers un vocabulaire Internet des cours de français et de littérature, Correspondance, Vol. 4, numéro 4, avril 1999 (www.ccdmd.qc.ca/correspo/index.html)

HOGENBOOM, J.P., DECHEVIS, J.C., Les nouvelles technologies et le cours de français, décembre 1998 ( www.restode.cfwb.be/francais/profs4/profs4.htm )

KARSENTI, T., Les futurs enseignants du Québec sont-ils bien préparés à intégrer les TIC ?, Vie pédagogique, no 132, sept.-oct. 2004, (www.viepedagogique.gouv.qc.ca)

LABERGE, M-F., Des manuels scolaires aux TIC, en passant par les médias, Vie pédagogique, no 124, septembre-octobre, 2002, (www.viepedagogique.gouv.qc.ca)

LABERGE, M-F., Les technologies de l’information et des communications: au-delà des murs de l’école, Vie pédagogique, no 132, sept.-oct. 2004, p. 6-33, (www.viepedagogique.gouv.qc.ca)

MARCEAU, F., Utiliser les technologies, un autre chemin pour intéresser la jeunesse à la littérature (une entrevue avec Julie Pelletier), 2004 (www.profweb.qc.ca)

MARCHAND, L., LOISIER, J., L’université et l’apprentissage en ligne, menace ou opportunité, Revue des sciences de l'éducation, Volume 29, numéro 2, 2003 (www.erudit.org/revue/index.html)

SAMSON, Étienne, Julie Pelletier présente son outil pédagogique multimédia au FIFA, Liaison, vol.39, no 14, Université de Sherbrooke, 10 mars 2005, (www.usherbrooke.ca/liaison_vol39)

[1] HOGENBOOM, J.P., DECHEVIS, J.C., Les nouvelles technologies et le cours de français, décembre 1998

[2] EZZAHRI, S., TALBI, M., et al. Usages de l’Internet dans les activités d’apprentissage des élèves

[3] FARIZON, Isabelle, Mise en place de l’Espace Numérique de Travail (ENT), Les dossiers de Weblettres, dossier 483, avril 2006

[4] selon Chouinard, Dridi, Dufour et Garon, 2003

[5] selon Ragoonaden, 2001

[6] DRIDI, H., CHOUINARD, R., La transformation de l’université : vers une université virtuelle, Revue des sciences de l'éducation, Volume 29, numéro 2, 2003

[7] SAMSON, Étienne, Julie Pelletier présente son outil pédagogique multimédia au FIFA, Liaison, vol.39, no 14, Université de Sherbrooke, 10 mars 2005,

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