2006-05-25

ENSEIGNER EN FAVORISANT LA CO-CONSTRUCTION DES CONNAISSANCES


(c) 2006, Rosenelle Lagredelle

ENSEIGNER EN FAVORISANT LA CO-CONSTRUCTION DES CONNAISSANCES


Différentes façons de penser l’enseignement


Il y a différentes façons de penser l’enseignement.

Pendant très longtemps, l’enseignement était considéré comme une transmission des savoirs d’un enseignant à un apprenant. Cette conception de cruches vides à remplir était bien présente à l’école traditionnelle où on retrouvait l’étudiant soumis à l’autorité intellectuelle de l’enseignant. Il enregistrait, emmagasinait la somme de connaissances nécessaires à la réussite. Meubler ses facultés, accumuler des informations ou plutôt des savoirs dans sa mémoire semblait être le rôle du maître. Incidemment, le processus d’apprentissage était réduit à une simple réception d’informations dispensées et toutes les connaissances dont disposait un apprenant découlaient de ce qu’il recevait de celui qu’on appelait le maître. Il assimilait passivement un savoir et un savoir-faire enseigné.


L’école était loin d’être comme aujourd’hui un centre d’activités, un centre d’expérimentations où la personne s’épanouit, où précisément elle apprend à construire ses connaissances, ou elle est heureuse de faire des découvertes. Des générations de personnes pour se tailler un avenir, pour réussir dans la vie ont payé le prix de ce savoir acquis dans cette perspective d’une transmission des connaissances qui réclamait beaucoup d'effort de l'apprenant.

Fort heureusement, les données issues de la recherche en éducation ont conduit à une véritable remise en question de cette vision de l’apprenant et de l’apprentissage. L’adaptation aux exigences de l’économie par le savoir tant prônée à l’heure actuelle oblige à enseigner et à apprendre différemment. Les professionnels de l’éducation sont confrontés aujourd’hui à faire un choix : accepter d’entrer dans le changement, opter pour le progrès, l’avancement avec de nouvelles méthodes pédagogiques, sinon ils seront dans l’obligation, qu’ils le veuillent ou non, de rendre le tablier. L’enjeu est de taille. Qu’est-ce qu’il y a à perdre? Qu’est-ce qu’il y a à gagner pour une éducation de qualité libérée du psittacisme?

Je voudrais dans les lignes qui suivent à partir de l’affirmation : « Enseigner en favorisant la co-construction des connaissances » partager une réflexion sur la perspective constructiviste qui est une autre vision de l’apprentissage et une nouvelle façon de penser l’enseignement.

Quelques définitions

Tout d’abord, je trouve pertinent de définir quelques concepts liés à l’affirmation que j’ai le goût de mettre en évidence : « Enseigner en favorisant la co-construction des connaissances »

Que signifie :

Enseignement
Connaissance
Constructivisme

Selon le Dictionnaire actuel de l’Éducation, l’Enseignement est caractérisé par des activités assumées par le personnel enseignant auprès de l’élève dans le but de contribuer à la réalisation des objectifs de l’éducation scolaire tels qu’ils sont définis dans les programmes d’études MEQ (1981).

Selon la même source, Enseigner, c’est une activité qui vise à transmettre des connaissances théoriques ou pratiques, à développer ou à faire acquérir des capacités ou habiletés, à développer des aptitudes.

Par ailleurs, la Connaissance fait référence aux faits, aux informations, aux notions, aux principes qu’on acquiert grâce à l’étude, à l’observation ou à l’expérience.
Dictionnaire actuel de l’Éducation, Renald Legendre, 2005

Le Constructivisme
Une vision constructiviste rappelle que la connaissance ne se transmet pas et ne peut s’opérer sans une participation active de l’apprenant qui construit ses connaissances.
Jean-Pierre Astolfi, (1989 ) Différentes visions de construction

CONSTRUIRE LE SAVOIR.

Il faut le dire, loin d’être un récepteur passif l’apprenant peut construire ses connaissances. C’est un fait, certaines personnes engagées dans le métier d’enseigner croient qu’elles peuvent faire comprendre beaucoup de choses par leur éloquence, par leur enseignement verbal. Elles mésestiment l’action de l’activité cognitive qui est rattachée uniquement à l’individu qui apprend. Elles pensent même prendre le chemin le plus court en optant pour la transmission du savoir. Pourtant comme le souligne Marcel Crahay en reprenant la pensée de Piaget : « L’éducation, ce n’est pas d’apprendre le maximum, de maximiser les résultats, mais c’est avant tout d’apprendre à apprendre, c’est d’apprendre à se développer, d’apprendre à continuer à se développer après l’école.
Psychologie de l’Éducation, Marcel Crahay, 1999

Dans la construction du savoir, l’apprenant doit être au centre de son apprentissage.

Cet apprentissage a un sens et est efficace dans la mesure où il fait appel à l’activité pratique et intellectuelle de l’apprenant. Pour cela, il faut l’inviter à découvrir lui-même, à établir les relations.
Que d’exercices grammaticaux, on a fait réaliser aux apprenants... Pourtant après avoir soigneusement expliqué et fait mémoriser les règles de grammaire, après avoir travaillé des cahiers d'exercices, les étudiants faisaient très peu de transfert des connaissances quand il s’agissait de produire un texte. Marie Nadeau dans l’article : La Réussite des accords grammaticaux au primaire, quel dèfi? parle de la constatation d’un décalage entre la réussite de ces exercices grammaticaux, une performance en orthographe et peu de performance en production de textes. L’apprenant justement n’a pas appris à construire, à faire des relations entre les parties de la phrase. Toute cette réalité nous incite à dire qu’on ne peut communiquer la logique. Elle se développe par l’observation, par l’expérimentation. Le savoir se construit, le savoir se crée. L’expérience que l’apprenant réalise devient une modalité d’apprentissage.

Ainsi le jeune qui réussit une activité, une création, un projet à partir de son expérience personnelle a construit son activité. Ce n’est pas parce qu’on lui a donné une procédure que l’apprentissage se fait de façon automatique. Par contre, lorsqu’il fait une découverte personnelle, ou lorsque la découverte survient à travers l’interaction avec les autres, c’est un acte créatif qui pour lui revêt grande importance et qui lui restera tout le long de sa vie.



ENSEIGNER EN FAVORISANT LA CO-CONSTRUCTION DES CONNAISSANCES, C’EST TENIR COMPTE DES CONNAISSANCES ANTÉRIEURES

Si l’élève arrivait à l’école avec le cerveau vide et que toutes les connaissances étaient construites à partir d’un enseignement explicite et d’un apprentissage formel des concepts scientifiques, il devait être en mesure de mobiliser ce savoir afin de résoudre les problèmes auxquels il est confronté dans son milieu de vie et aussi être capable d’interpréter la réalité. Or, on le sait, ce n’est pas toujours le cas. Très souvent, des individus très scolarisés se font des représentations qui n’ont rien à voir avec des concepts scientifiques.
La perspective constructiviste nous fait penser que les représentations spontanées viennent précisément des connaissances antérieures aux apprentissages scolaires. Chacun possède ses représentations propres auxquelles il donne un sens. C’est le fruit de l’expérience personnelle. Ainsi, avant même qu’une notion ait fait l’objet d’un enseignement, l’apprenant possède déjà des connaissances concernant cette notion et l’enseignant doit tenir compte de cette réalité immanquablement. On apprend en fonction de ce qu’on connaît déjà. L’information nouvelle éveille l’esprit de l’apprenant lorsqu’elle se réfère à une situation conservée dans sa mémoire sous forme de représentations, ce qui exigera de lui un ajustement s’il ne peut pas faire face à une situation. Il faut donc partir de ce qui est déjà acquis pour apprendre.


ENSEIGNER EN FAVORISANT LA CO-CONSTRUCTION DES CONNAISSANCES , SUPPOSE LA REMISE EN QUESTION DES RÔLES.

Le rôle du maître pourfendeur, autoritaire, doit laisser la place à celui de l’enseignant qui accompagne, qui facilite en guidant et en propulsant toujours l’apprenant. Il ne doit plus occuper cette position frontale qui donne l’image de celui qui sait tout et qui n’a qu’un désir, celui de remplir des cruches vides.
En favorisant la co-construction des connaissances, on doit choisir une approche pédagogique qui incite la personne à être active dans la recherche du sens qu’elle donne aux informations reçues. C’est à l’enseignant qu’il incombe le devoir de proposer des stratégies pour permettre au vrai acteur qui est l’apprenant, la possibilité de construire des savoirs.

Qu’en est-il du rôle de l’apprenant?
Comme nous l’avons déjà mentionné, il joue un rôle très actif comme acteur conscient de son apprentissage. Il est le partenaire de celui qui l’éduque. Il doit entrer dans la tâche avec sa compréhension, sa façon de voir les choses. Il est le premier responsable de son apprentissage. On n’insistera jamais assez sur le rôle des interactions dans la construction du savoir; interaction avec l’enseignant, avec les autres et même avec le milieu. L’interaction avec l’enseignant et les échanges avec les autres peuvent faciliter la construction de la compréhension et la signification que l’apprenant donne au contenu à partir de son expérience en situation. Pour moi, favoriser la co-construction ouvre un chemin vers un enseignement formateur de la personnalité. L’enseignant devra s’adapter pour permettre à chaque élève d’atteindre un niveau élevé et ainsi sera gagné le pari de la réussite pour tous.



BIBLIOGRAPHIE

Le Savoir en Construction
Former à une pédagogie de Compréhension
Britt-Mari Barth, 1993

Dictionnaire actuel de l’éducation
Renald Legendre, 2005

Accompagnement socio-constructivisme pour s’approprier une réforme en éducation
Presses de l’Université de Québec, 2001
Louise Lafortune
Colette Deaudelin

Psychologie de l’Éducation
Marcel Crahay,1999

Apprendre à l’école : perspectives piagetiennes et vigotskiennes
Michel Brossard
Jacques Fijalkow

Analyse de la nature constructiviste d’une activité d’apprentissage collaboratif
Nancy Rousseau
Jesús Vasquez-Abad
www.cjlt.ca/content/vol29.3cjlt29_3_art3.html

Savoir enseigner et approche constructiviste des apprentissages
www.umanitoba.ca/publications/cjcap/pdf%20files/diallo.pdf

Construction de connaissances et apprentissage
www.upmf.grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/constrconn.html

Stage sur l’utilisation de la littérature de jeunesse à l’école
Reuter, 1989
www.asienbangkok.com/EMS_primaire

Engager les élèves à apprendre
www.upmf.grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/constrconn.html











0 Comments:

Publier un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home