2006-05-26

Apprivoiser la technologie : la clé pour résoudre le problème


© 2006, Francis Deshaies

« Houston, nous avons un problème… »

La vie est parsemée de problèmes auxquelles il faut remédier, que ce soit d’ordre personnel ou professionnel. Pourtant, le modèle scolaire classique ne nous a pas formés pour attaquer les problèmes par leurs sources. En effet, ce n’est qu’avec l’accumulation de connaissances et de compétences que l’on a fini par développer l’esprit d’analyse et de synthèse essentiel à la résolution de problèmes. Pourquoi ne pas fonctionner à l’inverse? Pourquoi ne pas entraîner son cerveau à analyser un problème, à identifier ses composantes, à formuler des hypothèses, pour ensuite rassembler l’information pertinente qui nous permettra de régler le problème de la façon la plus efficace possible? L’apprentissage par problèmes (APP) est une méthode pédagogique qui vise justement à développer ce genre de compétence.

La formule APP est caractérisée par l’utilisation de problèmes réels qu’un petit groupe d’étudiants doit cibler et analyser. Afin de résoudre le problème, l’étudiant devra acquérir les connaissances nécessaires ou faire appel à celles déjà en mémoire (1). L’apprenant doit jouer un rôle actif et responsable qui s’apparente à celui qu’il jouerait dans une situation pratique. La poursuite de connaissances est donc un but qui motive l’étudiant puisqu’il voit immédiatement la pertinence de son application (2). Malgré l’aide d’un tuteur, l’APP est centré sur l’étudiant qui devient de plus en plus autonome face à son éducation. Cette autonomie favorise la formation de gens qui continueront à apprendre par eux-mêmes tout au long de leur vie et dans leur carrière (3).


L’ordinateur : une façon de voir le problème

Le multimédia fait partie intégrante de la plupart des cours donnés au CEGEP et à l’université, que ce soit sous forme de texte informatisé, de graphique, de fichiers audio/vidéo ou d’animation. L’ordinateur est souvent l’outil par excellence car il permet plus de flexibilité dans la communication de l’information. Quand on parle de flexibilité, il ne s’agit pas simplement de transférer bêtement du matériel écrit sur support informatique comme le CD-ROM ou sur le « World Wide Web ». En effet, l’ordinateur est beaucoup plus qu’un simple support puisqu’il permet d’offrir des liens actifs (sous forme de texte ou graphique) qui pourront être sélectionnés par l’utilisateur. Ainsi, au delà de la simple expérience audiovisuelle, l’utilisateur peut contrôler la progression du matériel qui lui est présenté en choisissant plusieurs alternatives possibles (4).

Cette interactivité fait de l’ordinateur une plateforme idéale pour supporter et enrichir la formule d’apprentissage par problèmes. Selon Hoffman et Ritchie, le multimédia interactif serait souhaitable à la formule d’APP puisqu’il permettrait de reproduire fidèlement et avec beaucoup de richesse une situation problème (5). La même vision est partagée par le professeur Claude Bourque du Collège Lionel-Groulx qui a récemment proposé un projet de recherche visant « la définition d'un modèle de scénarisation pédagogique informatique applicable à des problèmes ou des situations agroenvironnementales »(6). Dans ce projet, la fusion de la formule APP avec l’ordinateur est particulièrement pertinente « par sa capacité d'intégration des différents espaces en un lieu virtuel ». En effet, l’auteur donne un exemple où l’étudiant aurait la possibilité de « cliquer » sur différents éléments d’un lieu virtuel lui permettant d’avoir accès à différents points de vue et aborder le problème sous plusieurs angles. Cette interactivité place l'élève dans une « situation d'apprentissage allant au-delà de la stricte dimension encyclopédique ou descriptive. » Tous ces éléments auraient également un impact positif sur la motivation et la curiosité des élèves.

La formule d’APP assisté par ordinateur est déjà utilisée dans certains programmes de science de la santé, notamment en Australie (7). Par l’utilisation de patients virtuels et de simulations, les étudiants apprennent à résoudre des problèmes d’ordre médical. Les mises en scènes deviennent parfois si réalistes que les étudiants sont choqués par les images qu’ils voient : « comment ont-ils pu prendre des photos de quelqu’un exprimant autant de souffrance? ». Pourtant, les étudiants semblent oublier que le patient est un acteur et que le scénario est monté de toute pièce (7). La simulation par ordinateur est donc un outil qui stimule l’engagement de l’étudiant dans son apprentissage. Un exemple de ce type de simulation peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.trauma.org/ (avis aux cœurs sensibles).


Résoudre le problème en se connectant aux autres

L’ordinateur est un outil individualiste qui permet à la personne de se développer à son rythme. Pourtant, l’APP est basé sur des principes fondamentaux d’entraide et de collaboration entre les individus (8). Il est donc impératif de créer un environnement permettant aux apprenants d’échanger leurs idées. L’Internet est l’outil tout désigné permettant cette « inter connectivité». En effet, la communication entre les collègues peut être grandement avantagée dans ce type d’environnement. Les groupes de discussion permettent d’accumuler rapidement les opinions de chaque personne et le clavardage permettent aux étudiants de communiquer en dehors des heures normales du cours, ce qui rajoute de la flexibilité (9). De plus, par l’utilisation directe du Web ou de liens utils recommandés par le professeur, les étudiants sont capables d’avoir accès à une masse énorme de données. Il ne suffit qu’à filtrer cette information pour ne retenir que l’essentiel afin de résoudre le problème. Le partage de documents et d’information via les systèmes de listes de courriel ou de forum permettent également une meilleure collaboration (9,10). D’autre part, l’intégration des technologies en ligne comme les animations « flash », les « streaming audio & video » et les images digitales favorisent un environnement réaliste et stimulant qui aide à situer le problème dans son contexte (9).

Les nombreux avantages décrits précédemment semblent prometteur, mais qu’en est-il de la perception des étudiants face à cet environnement de travail? Dans une étude récente menée en Ontario, des étudiants en science de la santé ont expérimenté l’approche d’APP sur Internet (11). Ces participants avaient déjà une bonne connaissance du format APP mais n’étaient pas familiers avec les outils Internet, ce qui leur a permis de comparer cette nouvelle formule avec la méthode traditionnelle d’APP effectuée en classe. En général, les étudiants ont trouvé leur nouvelle expérience enrichissante au point de vue de la flexibilité offerte et de la capacité à traiter l’information. En effet, les groupes de discussions permettaient de stimuler la réflexion alors que les séances de clavardage étaient des méthodes efficaces pour effectuer du remue-méninge et prendre des décisions de groupe rapidement. Certains étudiants ont également mentionné que le support informatique leur permettait de conserver intégralement toutes les idées échangées durant ces discussions (11).

D’autre part, l’étude dénote certaines frustrations vécues par certains participants lors des périodes de clavardage. En effet, le fait que tout le monde écrivent en même temps ajoutait de la confusion et les gens qui avaient des aptitudes limitées pour taper le texte ont eu de la difficulté à se faire entendre. Une autre étude dénote également une certaine frustration reliée au manque de contact personnel que représente cette approche informatisée (12). Il est donc évident qu’une certaine adaptation des participants aux nouvelles technologies doit se faire avant d’espérer performer dans cet environnement de travail.


Transcender les frontières

L’utilisation de l’APP par réseau Internet amène des possibilités qui vont bien au delà de nos frontières. En effet, ce genre d’outil ouvre l’accès à la formation à distance qui ne se limite pas nécessairement au Québec. Il serait donc possible d’imaginer un cours où des gens de différentes nations collaborent ensemble pour résoudre un problème commun, chacun dans sa réalité propre. Cette même formule pourrait aussi impliquer plusieurs départements différents dans la résolution de problèmes qui demandent des compétences interdisciplinaires. La participation des experts est également un autre atout intéressant de ce type d’apprentissage. La flexibilité du système fait en sorte que ces experts peuvent participer aux discussions même s’ils ne sont pas à proximité ou s’ils ne peuvent s’absenter du travail, ce qui ajoute à la motivation des étudiants.

D’autre part, il est important de se rappeler que l’inspiration pour un problème peut venir d’un journal international souvent disponible plus facilement via Internet qu’à la bibliothèque du campus. Ces journaux locaux offrent une saveur et une dimension humaine difficile à saisir autrement (10). L’utilisation combinée de la formule APP avec les technologies est sans contredit une approche excitante qui favorise un apprentissage dynamique de l’étudiant. Il est intéressant de constater que plusieurs jeux informatiques disponibles sur le marché ont un profil qui s’apparente à l’apprentissage par problèmes (http://www.legacyinteractive.com/li/legacy_interactive.php). Il est donc réaliste de penser qu’un jour les APP « informatisés » pourront séduire une clientèle d’étudiants de plus en plus axés sur les jeux et les nouvelles technologies.


Bibliographie

1- Université de Sherbrook (2001). Le trait d’union express, vol.4 no.4 13 décembre 2001. [Consulté le 22 mai 2006] à l’adresse
http://www.usherbrooke.ca/ssf/tu/vol_4/no_4/app.html

2- Ortiz, B. and Lopez, I. (2004). Problem-based learning (PBL) in distance education: A litterature review of how the distance education (DE) environment transforms the design of PBL for teacher education. Association for Educational Communications and Technology, 6p.

3- EduTech Wiki (2006). Apprentissage par problèmes. [Consulté le 22 mai 2006] à l’adresse
http://edutechwiki.unige.ch/fr/Apprentissage_par_problème

4- University of Southern Queensland (1998). PBL + IMM = PBL2: Problem-Based Learning and Multimedia Development. [Consulté le 22 mai 2006] à l’adresse
http://www.usq.edu.au/users/albion/papers/ascilite98.html

5- Hoffman, B. and Ritchie, D. (1997). Using multimedia to overcome the problems with problem based learning. Instructional Science, 25(2), 97-115.

6- Collège Lionel-Groulx (2000). AGROSIM. [Consulté le 19 mai 2006] à l’adresse
http://www.clg.qc.ca/for/reg/dep/101/prapp.html

7- University of Sydney (2001). Uniserve Science, CAL-laborate vol. 6 june 2001. [Consulté le 19 mai 2006] à l’adresse
http://science.uniserve.edu.au/pubs/callab/vol6/elliott.html

8- University of Southern Queensland (1999). PBL + IMM = PBL2: Problem-Based Learning and Multimedia Development. [Consulté le 22 mai 2006] à l’adresse
http://www.usq.edu.au/users/albion/papers/site99/1142.html

9- ASCILITE (2002). Problem based learning online. [Consulté le 19 mai 2006] à l’adresse
http://www.ascilite.org.au/aset-archives/confs/2002/gooding.html

10- University of North Carolina : The technology source archive (2002). Using technology to promote success in PBL courses. [Consulté le 19 mai 2006] à l’adresse
http://technologysource.org/article/using_technology_to_promote_success_in_pbl_courses/

11- Valaitis, R.K., Sowrd, W.A., Jones, B. and Hodges, A. (2005). Problem-based learning online: perceptions of health science students. Adv Health Sci Educ Theory Pract, Aug;10(3):231-52.


12- Taradi, S.K., Taradi, M., Radic, K. and Pokrajac, N. (2005). Blending problem-based learning with the web technology positively impacts student learning outcomes in acid-base physiology. Adv Physiol Educ, 29:35-39.

1 Comments:

Blogger Roselene said...

Francis,

J'apprécié beaucoup ton article. L'APP est une formule pédagogique très motivante, mais, en tant qu'enseignante de français, elle ne s'applique pas très facilement dans ma discipline, malheureusement.

Merci pour m'avertir sur les simulations et les patients virtuels qui imitent bien la réalite. Le site "trauma.org" n'a pas été fait pour moi et mon coeur sensible. ;-)

4/6/06 14:23  

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