2006-03-16

Une autre façon d'aller à l'école

© 2006, Martin Nantel-Valiquette
Nous sommes tous conscients que l’apprentissage sur les bancs d’école ne convient pas à tout le monde. Plusieurs personnes éprouvent en effet des difficultés à être assises dans une salle de cours pendant des heures, à écouter parler un professeur et à prendre des notes. Malheureusement, cette vision de l’école est souvent la seule image que les gens ont de l’apprentissage scolaire alors que depuis quelques années, il existe une alternative à cet enseignement traditionnel. Cet autre chemin possible, c’est la formation à distance (FD).
Mais qu’entend-on par FD? Quelles sont les caractéristiques de cette formule pédagogique? Comment s’est-elle développée au Québec? Que représente-t-elle, en termes d’institutions? Quels rôles y jouent les médias et les technologies? Voici quelques questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cet article électronique destiné à ceux et celles qui désirent en apprendre davantage sur cette forme d’enseignement.
QU'EST-CE QUE LA FORMATION À DISTANCE?
La FD est un enseignement ouvert qui a pour but de permettre à l’apprenant d’étudier au moment, au rythme et à l’endroit de son choix. Cette forme d’enseignement tente principalement de rejoindre les personnes que le temps et la distance séparent de l’établissement scolaire. Elle se distingue essentiellement de l’enseignement traditionnel par :
  • une séparation physique (géographique) de l’enseignant et de l’apprenant
  • le recours aux médias pour transmettre le contenu des cours
  • l’utilisation d’un dispositif de communication entre le professeur et l’élève

La FD est donc davantage axée sur un apprentissage individuel que sur un enseignement de groupe (Ministre des approvisionnements et Services Canada, 1989).

HISTORIQUE DE L'IMPLANTATION DE LA FORMATION À DISTANCE AU QUÉBEC (cégep à distance, 2005)

Au Québec, la FD est officiellement née en 1946, lorsque le Ministère du Bien-être social et de la Jeunesse crée l’Office des cours par correspondance. Au cours des ans, cette institution change plusieurs fois de nom et finit par se rattacher au Ministère de l’éducation du Québec sous le nom de Direction générale de la formation à distance (DGFD).

En 1972, l'Assemblée des gouverneurs de l'Université du Québec crée, sur une base expérimentale, la Télé-Université (Téluq)
[1].

En 1991, le Ministre de l’éducation crée le Centre collégial de formation à distance (CCFD) et en confie la responsabilité au collège Rosemont.

En 1992, la Téluq se voit octroyer ses lettres patentes.

En 1995, un regroupement de commissions scolaires crée la Société de formation à distance des commissions scolaires du Québec (SOFAD). Celle-ci se verra octroyer la responsabilité de la FD au niveau secondaire par le Ministre de l’éducation, un an plus tard. À partir de ce moment, les trois niveaux scolaires
[2] ont leur propre instance totalement dédié à la FD.

En 1995, ces trois institutions s’unissent et créent le Comité de liaison en formation à distance (CLIFAD) afin de collaborer ensemble. En 2004, le CLIFAD a gardé son acronyme, mais il est devenu le Comité de liaison interordres en formation à distance.

En 2002, le CCFD devient le cégep à distance.

En 2005, la Téluq devient une composante de l’UQAM.

CARACTÉRISTIQUES DE LA FORMATION À DISTANCE

Le matériel pédagogique employé en FD contient toute la matière du cours et peut prendre plusieurs formes. La forme la plus courante est l’imprimé, mais les établissements d’enseignement utilisent de plus en plus d’autres médias (conjointement avec les imprimés) comme les enregistrements audio et vidéo, les supports multimédias et les pages web. Les modes de diffusion employés en FD sont tout aussi nombreux. Il y a, entre autres, la poste, la radio, le câble et les satellites (Ministre des approvisionnements et Services Canada, 2005). On peut également avoir recours à diverses formules en ce qui concerne l’évaluation. Celle-ci peut se faire de façon individuelle ou en équipe, à distance ou sous surveillance (Mottet, 2006). Comme l’utilisation d’Internet ne cesse de croître, le recours aux plateformes de téléformation est de plus en plus commun en FD. Celles-ci sont des environnements graphiques accessibles en ligne qui permettent aux étudiants d’avoir accès à l’ensemble des informations relatives à leurs cours. De plus, tout comme l’enseignement traditionnel, la FD est dispensée dans un réseau public (affilié au système d’enseignement gouvernemental) mais aussi dans un réseau privé. Le réseau public a l’avantage d’offrir des cours reconnus et crédités par le gouvernement, de même que du matériel et des méthodes d’apprentissage diversifiés et interactifs. Des centaines de programmes sont aujourd’hui offerts par l’entremise de la SOFAD, du cégep à distance et de la Téluq, mais aussi par des établissements bi-modaux [3] comme l’Université Laval et l’Université de Montréal. Il existe également plusieurs institutions d’enseignement privées qui offrent une FD dans une multitude de programmes, surtout en formation continue [4]. Ceux-ci ont l’avantage de réduire le temps et les coûts de formation et peuvent même être en partie subventionnés par des employeurs. Par contre, l’enseignement y est surtout fait par correspondance. Selon moi, ces institutions devraient se moderniser et intégrer davantage les technologies de l’information et de la communication (TIC) à leur cours afin de rendre les étudiants plus actifs et diversifier leurs méthodes d’apprentissage. Plusieurs institutions de FD se sont démarquées au niveau mondial. Notons, à titre d’exemple, l’Open University (Grande-Bretagne), l’Open Learning Agency (Colombie-Britanique) et le Centre national d’éducation à distance (France).

Même si les réseaux d’enseignement à distance public et privé diffèrent sur certains points, les avantages de la FD mis de l’avant par ceux-ci pour recruter leur clientèle sont essentiellement les mêmes :

  • Souplesse (permet de travailler quand on veut, où on le veut et à son rythme).
  • Accessibilité à la formation (permet de palier aux contraintes temporelle et géographique).
  • Inscription en continue (il est possible de commencer son cours quand cela nous convient).
  • Encadrement très présent (le matériel de formation est conçu de façon à permettre une progression totalement autonome mais un service de tutorat personnalisé est offert en tout temps, de jour comme de soir).
  • Uniformité de l’enseignement.

De plus, cela permet de perfectionner son travail et de parfaire sa formation de base, ses connaissances générales et d’enrichir sa culture personnelle.

Cependant, il faut aussi réaliser que plusieurs des avantages cités ci-haut peuvent également représenter des inconvénients pour certaines personnes. En effet, travailler à la maison demande beaucoup d’autonomie, de motivation et de discipline, notamment en raison des nombreuses distractions (téléphone, télévision, tâches ménagères, …). Cela entraîne un taux d’abandon de l’ordre de 15 à 20% (Saucier, 2002)
. De plus, certaines personnes ne conçoivent pas que l’on puisse apprendre chez soi et par soi-même, tandis que d’autres craignent que la FD amène «une rationalisation et une dépersonnalisation de l’enseignement» (Lapalme, 2003). Pour éviter cela, il est très important, selon moi, d’intégrer le plus possible un aspect humain à l’enseignement à distance en favorisant au maximum les échanges interpersonnels entre les enseignants et les apprenants, mais aussi entre ces derniers. D’autre part, certains reprochent à la FD de venir gruger la clientèle des établissements scolaires mais selon moi, elle permet surtout à des gens qui n’iraient pas à l’école autrement de suivre une formation scolaire.

FORMATION À DISTANCE ET TIC

La FD implique inévitablement l’utilisation de médias. Il est donc impossible, au Québec en tout cas, de suivre une FD sans avoir recours aux TIC. Deux questions découlent alors de cette réalité. La première est de savoir quelle technologie utiliser? La seconde est de savoir si le recours aux technologies peut faciliter l’apprentissage? En général, les deux principaux critères justifiant le choix d’une technologie plutôt qu’une autre sont le coût d’implantation de la technologie ainsi que son adaptabilité à la matière enseignée. Pour ce qui est de savoir si les TIC favorisent l’apprentissage, il n’y a pas de réponse unanime car cela dépend de divers facteurs comme la matière enseignée et la technologie utilisée mais aussi de l’aspect humain (intérêt de l’apprenant, contexte d’apprentissage). Voici tout de même certains avantages et inconvénients liés à l’utilisation des TIC en FD :

Avantages :

  • Tout d’abord, l’omniprésence d’Internet dans les sociétés industrialisées facilite grandement l’accès au savoir grâce à tous les documents et bases de données disponibles en ligne. Notons toutefois que l’accès aux connaissances ne veut pas automatiquement dire apprentissage.
  • De plus, les TIC rendent possible l’interaction asynchrone [5] entre les différents acteurs pédagogiques (étudiants et tuteurs) par l’entremise d’outils comme le courrier électronique et les forums de discussions, mais elles permettent également une communication synchrone [6] grâce aux zones de clavardage. Cela permet d’apporter un aspect collectif à la FD.
  • Les TIC peuvent aussi permettre à l’étudiant d’avoir une rétroaction immédiate de ses compétences (par exemple en remplissant un questionnaire en ligne dont la correction est instantanée), ce qui permet l’autoréflexion.
  • Finalement, le recours aux TIC est souvent un élément nouveau qui peut représenter un attrait pour certaines personnes.

Inconvénients :

Malgré toutes ces avancées, l’emploi des TIC en FD ne comporte pas seulement de bons côtés. En effet, les coûts qu’ils entraînent, leur disponibilité, leur utilisation de même que la vitesse avec laquelle la technologie évolue peuvent aussi représenter des contraintes pour les étudiants. Il est donc important, selon moi, de choisir des technologies faciles à utiliser, fiables et durables.

CONCLUSION
La FD est en pleine explosion dans toutes les sociétés industrialisées mais aussi dans des pays en émergence comme la Chine et l’Inde. Ceci est entre autres dû au fait que le développement économique et social requiert l’instauration d’un dispositif de formation souple et approprié à divers besoins, autant en formation initiale que continue. Comme nous l’avons vu, la FD (et l’utilisation des TIC) comporte plusieurs avantages qui lui permettent de répondre à ces exigences, notamment en permettant d’étudier au moment, à l’endroit et au rythme désirés. De plus, l’avenir de la FD se dessine plutôt bien. En effet, la technologie continue d’évoluer rapidement, l’offre des cours à distance grandit sans cesse et on prévoit la création de vastes banques de données internationales (des banques de banques de données) qui permettront aux téléapprenants d’accéder à une myriade d’informations diverses à partir de leur poste de travail personnel. C’est à se demander quelle place occupera la FD dans l’enseignement de demain? Qu’en pensez-vous?
[1] La Téluq a pour mandat de développer la FD au niveau universitaire.
[2] Secondaire, collégial et universitaire.
[3] Établissements qui offrent à la fois un enseignement traditionnel et de la FD.
[4] Pour les travailleurs et travailleuses qui veulent parfaire leur formation professionnelle.
[5] En différé.
[6] En même temps.
LIENS UTILES
Société de formation à distance des commissions scolaires du Québec : http://www.sofad.qc.ca/
Cégep@distance : http://cegepadistance.ca/
Télé-Université : http://www.teluq.uquebec.ca/
Comité de liaison interordres en formation à distance : http://www.clifad.qc.ca/
Open University : http://www.open.ac.uk/
Open Learning Agency : http://www.ola.bc.ca/
Centre national d’éducation à distance : http://www.cned.fr/
Institut de formation professionnelle : http://www.formation-ifp.com/
Centre régional de formation à distance du grand Montréal : http://www.cspi.qc.ca/distance/bienvenue.htm
Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada : http://refad.ca/
Centre national privé de formation à distance : http://www.cnfdi.com/
Le portail des TIC : http://ntic.org/
MÉDIAGRAPHIE
Bolduc, Benoit. «La formation à distance au Québec. Portrait de la situation». <http://www.sofad.qc.ca/pdf/la_fad_au_quebec.pdf>. juin 2002. p. 90. Consulté le 16 mars 2006.
«Historique de la formation à distance». <http://cegepadistance.ca/apropos/historique.asp>. novembre 2005. Consulté le 16 mars 2006.
«La formation à distance vue de près». <http://www.clifad.qc.ca/pdf/FAD_vue_de_pres_99.pdf>. novembre 1999. p. 21. Consulté le 16 mars 2006.
Lapalme, Marie-Êve. Portrait de l’université virtuelle renouvelée et de ses enjeux pédagogiques. École des hautes études commerciales de Montréal, 2003, p. 19.
L’enseignement ouvert et la formation à distance au Canada, Ministre des approvisionnements et Services Canada, 1989, p. 51. (Coll. «Guides pédagogiques des études canadiennes»).
Mottet, Martine. Notes de cours PPA6015 – Méthodes d’enseignement et TIC. Distribuées le 16 mars 2006.
Saucier, Robert. «Échecs et maths. Profil des résultats scolaires à distance 1995-2001». <http://www.sofad.qc.ca/pdf/echecs_et_maths.pdf>. mai 2002. p. 9. Consulté le 16 mars 2006.
Saucier, Robert. «Portrait des inscriptions en formation à distance (secondaire, collégial et universitaire) au Québec depuis 1995-1996». <http://www.clifad.qc.ca/pdf/portrait_inscriptions_fd.pdf>. février 2006. p. 4. Consulté le 16 mars 2006. Série télévisée
«La FAD sous tous ses angles». <http://www.teluq.uquebec.ca/siteweb/infos/fad.html>. Consulté le 16 mars 2006.

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