2006-03-16

Simulation de cas: Apprentissage réel ou fictif?

© 2006, Annie Mercier

Un jour ou l’autre, chacun d’entre nous s’est déjà interrogé quant à la pertinence d’un apprentissage quelconque. Est-ce que je perds mon temps ou cette notion me servira plus tard? Dans quel contexte je pourrai utiliser cette connaissance? Parfois, la dite matière semblait complètement farfelue, mais elle trouvait son sens quelques semaines après, lors de l’application d’un exercice en classe. Les enfants de ma génération ont pratiquement tous appris à compter avec des macaronis que l’on déplaçait d’unités en dizaine, et de dizaines en centaine. Le sens figuré de cet apprentissage nous a aidé à comprendre le monde des mathématiques, tout en étant amusant! La venue des TIC en pédagogie est donc une version améliorée des anciennes techniques, telle l’utilisation des pâtes alimentaires… Cette technologie permet aux enseignants de diversifier leurs stratégies pédagogiques sous différentes formules. La simulation de cas fait partie de cette liste exhaustive et cette formule sera davantage traitée dans les prochaines lignes. Plusieurs logiciels ont vu le jour ces dernières années, notamment dans ma discipline, les techniques policières. Dans un domaine où la pratique est de mise pour préparer l’élève à son entrée sur le marché du travail, regardons la nécessité de faire appel à ces simulations.
Qu’est-ce que la simulation?

Chamberland, Lavoie et Marquis (2003) définissent la simulation comme la reproduction d’une situation constituant un modèle simplifié mais juste d’une réalité. Cette courte définition peut donc faire référence à un exemple, tiré de la réalité, dans le futur métier exercé. Dans le programme des techniques policières, cette formule pédagogique est utilisée depuis fort longtemps dans les cégeps, ainsi qu’à l’École Nationale de Police du Québec. Il va de soi que le côté technique de cette formation est primordial pour les aspirants policiers. Les diverses compétences sont, pour la majorité, évaluées en faisant appel à ce type de formule pédagogique. D’ailleurs, comme cette formule est axée sur l’apprentissage uniquement par l’élève, l’enseignant est à même de constater la compréhension et les démarches effectuées, puisque son rôle est plus passif. Bien entendu, cette méthode requiert une grande préparation de la part de l’enseignant, mais le jour venu, il peut observer ses abeilles au travail. Dans le même ordre d’idée, l’apprentissage peut être réalisé seul ou en équipe. C’est une alternative intéressante, surtout dans le domaine des techniques policières. Individuellement ou en équipe, cette formule permet autant l’apprentissage que l’évaluation. Comme il est très rare qu’un policier agisse seul durant son intervention, il est essentiel que les élèves soient confrontés aux partages des tâches dès le début de leur formation. La confiance en soi et aux autres est de mise pour accomplir ce genre de tâche. Si on privilégie cette formule pédagogique, c’est qu’elle offre la possibilité à l’élève de participer activement à son apprentissage tout en gardant son propre rythme. Une limite de temps imposée n’est pas toujours nécessaire en situation d’apprentissage. Elle peut parfois même nuire au développement et au raisonnement de l’apprenant. Aussi, tel que mentionné dans le cours en ligne «praTIC-O-praTIC» (http://www.ntic.org/guider), la simulation permet d’expérimenter et de définir clairement le concept de temps de réaction. La psychologie nous enseigne qu’en général on retient (…) 90% de ce qu’on fait. Et c'est à partir des éléments qui sont retenus par l'élève que se constituent des bases solides qui lui permettent de créer des liens entre des notions connues et de nouvelles notions. Cette stratégie d’apprentissage devient donc intéressante si en plus d’avoir du plaisir à effectuer la tâche, l’apprenant retient les notions avec un pourcentage aussi élevé.
C.R.T.P. et PoliceScope : Ça vous dit quelque chose?

Vous aurez deviné, il s’agit bel et bien de deux logiciels pouvant être utilisés dans la formation des élèves en techniques policières. Ceux-ci sont définis sur le site du Centre collégial de développement de matériel didactique (http://www.ccdmd.qc.ca). Le premier est une abréviation de «centre de renseignements des techniques policières». Dans le milieu policier, le centre de renseignements des policiers du Québec (C.R.P.Q.) existe réellement. Il permet aux policiers d’obtenir une panoplie d’informations, notamment la validité d’un permis de conduire ou d’une plaque d’immatriculation, les accusations portées contre une personne dans un dossier donné, etc. Bref, ce logiciel est l’outil quotidien des policiers dans l’exercice de leurs fonctions. Tel que mentionné dans le site, le logiciel CRTP permet aux élèves de se familiariser avec la recherche d'information dans une base de données contenant des renseignements propres au domaine des techniques policières. Le CRTP est une base de données virtuelle qui est accessible par Internet seulement. Les élèves peuvent y accéder soient par le réseau Internet de leur collège ou à partir de la maison. Toutes les institutions qui disposent de la formation ont accès à cette banque de données. Elle se présente sous trois modules : administrateur, enseignant et élève. Ce dernier a donc été conçu pour effectuer des exercices concrets tout en ayant la chance de franchir les mêmes étapes qu’un vrai policier.

Pour ce qui est de PoliceScope, il s’agit plutôt d’un logiciel qui a pour fonction de favoriser l'apprentissage et la mise en application des pouvoirs policiers en matière d'arrestation sans mandat, de détention et de remise en liberté d'une personne. Il comprend deux modules de formation et plusieurs outils de référence. Il est difficile d’obtenir des informations quant à son utilisation dans les collèges, puisqu’il n’est pas offert gratuitement. La version étudiant est également offerte à prix moindre. Ce logiciel peut facilement remplacer les exercices ou les évaluations en mode papier et offrir l’avantage d’être interactif. L’élève est donc maître de son apprentissage. S’il n’effectue pas la tâche, personne ne lui soufflera la réponse, pas même l’enseignant! Malheureusement, il n’existe pas de recherche spécifique dans ce domaine d’étude.
L’intégration des TIC : une question de volonté?

On a beau y croire, l’intégration des TIC ne semble pas se faire aussi facilement que l’on croit. À travers les lectures, on se rend compte que les enseignants sont plutôt réticents au changement; non pas qu’il refuse totalement, mais certains évoquent un manque de formation en informatique. L’utilisation des TIC peut être agréable, mais également désastreux si l’enseignant n’est pas en mesure d’agir comme «entraîneur» auprès de ses étudiants. Dans une métasynthèse réalisée par l’Association pour la recherche au collégial (http://www.vega.cvm.qc.ca, p. 5), l’auteure fait mention de neuf observations pour une intégration réussie des TIC. Parmi eux, une observation fait référence aux changements pédagogiques qu’engendre une telle intégration. Elle se lit comme suit : «Une intégration des TIC qui dépasse le cadre de la salle de cours s’accompagne d’un changement pédagogique chez les enseignantes et enseignants». Cette affirmation nous démontre donc que l’enseignant doit être prêt à «modifier» ses stratégies pédagogiques. La littérature offre souvent des exemples d’utilisation des TIC dans les domaines des sciences pures. Un rapport de recherche intitulé «Un modèle constructiviste d’intégration des TIC», effectué par monsieur Bruno Poellhuber (http://www.cdc.qc.ca, p.90), identifie les déclencheurs qui permettent d’amorcer le processus. Tel que décrit ci-haut, l’utilisation des TIC s’inscrit dans une optique de diversification des stratégies pédagogiques. Ils reconnaissent aussi que c’est un medium accrocheur pour les étudiants qui suscite leur intérêt et favorise leur motivation. (..) Pour certains, c’est le fait que les TIC permettent de présenter l’information de manière différente, plus visuelle, qui a constitué un argument pour leur intégration. (…) Mais, dans plusieurs cas, les déclencheurs qui semblent avoir été efficaces étaient ceux qui agissaient sur les conceptions que les professeurs se font de la place des TIC, leur rôle, de l’enseignement et de l’apprentissage. L’ensemble du personnel enseignant a donc des motivations et des intérêts différents, ce qui explique probablement la grande diversité qui existe dans l’utilisation des TIC du monde collégial.
Utile ou non?

L’utilisation des TIC en techniques policières est à mon avis aussi essentielle que l’apprentissage des lois et règlements du code de la sécurité routière. Comme l’informatique est à l’affiche chaque jour, l’élève doit être confronté à cette réalité avant son entrée sur le marché du travail. C’est tout simplement un préalable, rien de plus. D’ailleurs, les collèges offrant cette technique prône cet apprentissage, puisque l’ensemble d’entre eux offre le logiciel C.R.T.P. à ses étudiants. Il serait intéressant de connaître les impressions des policiers quant à l’impact de cette aide apportée en cour de formation sur leur travail actuel. L’effort en vaut-il la peine?



Bibliographie

Chamberland, G., Lavoie, L., Marquis, D. (2003). 20 formules pédagogiques. Québec : Les presses de l’université du Québec.

Forget, D. (année inconnue). Impacts des TIC dans l’enseignement collégial : une métasynthèse réalisée par l’Association pour la recherche au collégial. (Consulté le 3 mars 2006) à l’adresse http://www.vega.cvm.qc.ca/.

Poellhuber, B., Boulanger, R. (2001). Un modèle constructiviste d’intégration des TIC, rapport de recherche, collège Laflèche, 214 pages. (Consulté le 3 mars 2006) à l’adresse www.cdc.qc.ca.
www.ntic.org/guider (Consulté le 20 février 2006).
www.ccdmd.qc.ca (Consulté le 20 février 2006).


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