2006-03-17

Révolution PowerPoint® en enseignement : Variations sur un même thème ou renouveau pédagogique?

(c) 2006, Stéphane Sacotte

Jusqu’à maintenant, j’ai complété une technique au collégial, un baccalauréat et une maîtrise. Actuellement, je m’affaire à terminer un microprogramme en formation à l'enseignement postsecondaire afin de devenir éventuellement professeur au collégial. Au cours de ces nombreuses années d’étude, j’ai vécu des expériences pédagogiques pour le moins variées. Lors de mon cheminement académique, j’ai également assisté à une véritable « petite révolution » dans la présentation du contenu disciplinaire par les enseignants qui ont croisé ma route. Cette révolution repose sur l’abandon progressif des transparents ou des notes de cours écrites au tableau noir pour un médium beaucoup plus actuel, soit le logiciel de présentation PowerPoint® de la compagnie Microsoft. Dans certains cours où les enseignants présentaient le contenu théorique à l’aide de ce type de logiciel, j’ai été témoin de présentations PowerPoint® à la fois éclatantes sur le plan esthétique et très riches sur le plan du contenu. À l’opposé, j’ai également assisté à des présentations dignes des pires scénarios de films d’horreur! Écriture trop petite, texte condensé, mauvais choix des couleurs et surabondance d’animation figurent parmi les aberrations observées au travers de certains diaporamas.

Le but de cet article vise donc à faire une brève revue critique de l’utilisation de ce logiciel dans un contexte d’enseignement. Peut-on vraiment parler d’une façon innovatrice de présenter le contenu disciplinaire aux étudiants ou tout simplement d’une méthode traditionnelle d’enseignement adaptée au goût du jour ? C’est la principale question pour laquelle j’essaierai de trouver une réponse. Par la suite, je mettrai l’accent sur quelques pièges liés à l’utilisation de PowerPoint® en plus de fournir quelques conseils pour concevoir un diaporama clair et structuré.


Les détracteurs

À l’heure actuelle, on estime que le logiciel PowerPoint® est installé sur plus de 250 millions d’ordinateurs à travers le monde et on avance même le chiffre de 30 millions de diaporamas présentés de façon journalière (Maranjian, 2003). En moins d’une décennie, Keller (2003) soutient que ce logiciel a révolutionné le monde des affaires, de l’éducation, des sciences et des communications en ce qui a trait à la façon de présenter le contenu. Malgré l’ubiquité de ce type de support visuel, on retrouve de nombreux détracteurs qui vont même jusqu’à qualifier l’utilisation de ce logiciel de manifestations démoniaques (ex. : PowerPoint is evil. Tufte, 2003; Is PowerPoint the devil? Keller, 2003)! Parmi les détracteurs les plus virulents, Tufte (2003) estime qu’un diaporama peut soutenir le conférencier dans son discours, mais que l’avantage conféré à ce dernier s’avère souvent néfaste à la fois pour le contenu et pour les auditeurs. Cela résume à dire que le format des présentations PowerPoint® privilégie la forme avant le contenu et comme le dit Peraya (2000), ces logiciels ajoutent un effet cosmétique et jouent sur l’effet halo de la technologie, mais dans bien des cas, ils ne font guère plus. Pour continuer sur la même lancée, Tufte (2003) surenchérie en mentionnant qu’au lieu de supporter une présentation, PowerPoint® devient un substitut à cette dernière et qu’une telle utilisation ignore la plus importante des règles d’or de la présentation, c’est-à-dire le respect de son audience.


Les désavantages

La liste des tares imputés à PowerPoint® est étonnamment longue. Parmi les principaux défauts qu’on reproche vivement à ce type de logiciel, on peut mentionner les éléments suivants :

  • L’espace limitée des diapositives implique que seuls quelques éléments d’information peuvent être inclus sur chacune d’elles.
  • Ce logiciel force les utilisateurs à réduire le contenu sous la forme d’une série de points (anglais : bullet points), c'est-à-dire de courtes phrases ou expressions illustrant un propos et qui sont généralement précédées de puces ou de numéros.
  • Le format de ces points rend difficile la communication d’informations complexes. Il est également moins aisé de guider les auditeurs dans un processus de réflexion critique (Maranjian, 2003).

Globalement, Schoomer (2005) abonde également en ce sens en mentionnant que ces listes de points peuvent servir de références quant à la prise de notes, mais qu’elles offrent très peu soutient en ce qui a trait à augmenter l’attention, la compréhension ou la rétention de l’information. Suite à ces critiques virulentes, on peut se demander s’il existe des avantages notoires à utiliser ce type de logiciel dans un contexte d’enseignement?


La controverse

En commençant, il importe de mentionner que pour plusieurs, le cœur du problème ne se situe pas au niveau du logiciel, mais plutôt au niveau de l’utilisateur. Dans un article sur les TIC en général, Riente et Ouellet (2005) rapportent deux points qui cernent bien la polémique entourant les logiciels de présentation, à savoir que 1) les enseignants font usage de PowerPoint® en le confinant à agrémenter uniquement leur enseignement magistral, alors que 2) la plupart d’entres eux ne le maîtrisent même pas. À cet effet, Lebrun (2004) résume bien l’essentiel de cette problématique : «L’importance de l’information, du support technique et du soutien pédagogique aux enseignants est une priorité pour que les technologies catalysent réellement un renouveau pédagogique. Sans cela, les nouvelles technologies permettront au mieux de reproduire les anciennes pédagogies ». En d’autres mots, cela convient à dire que si les enseignants ne sont pas formés à ces technologies, dans bien des cas, ils risquent tout simplement de perpétuer les méthodes traditionnelles d’enseignement en utilisant un nouveau médium. De ce fait, un exposé magistral de trois heures présenté via un diaporama PowerPoint® ne sera pas vraiment différent de celui présenté via des transparents. Il faut garder à l’esprit que le logiciel PowerPoint® ne constitue pas en soi une stratégie pédagogique, mais simplement un outil pédagogique pouvant servir de support à l’enseignement.


Les défenseurs

Bien que relativement facile à utiliser, ce logiciel nécessite toutefois de la créativité et un certain sens de l’esthétisme pour être efficace, clair et structuré. D’où l’importance d’un minimum de formation pour ceux et celles qui sont peu initiés à ce genre de logiciel. Il importe toutefois de mentionner que lorsque bien maîtrisé, cet outil peut s’avérer très efficace. Dans une revue sur le sujet, Villeneuve (2004) fait état de douze études dont les résultats de recherche conclus à un impact positif des logiciels de présentation sur les apprentissages réalisés par les étudiants. Ces impacts positifs portent notamment sur la rétention de l’information et la compréhension, sur les résultats scolaires, sur la diminution des comportements dérangeants, sur la perception positive du cours par les étudiants et sur la motivation scolaire.

Dans une entrevue accordée au journaliste Atkinson (2004), Robert E. Horn (éminent spécialiste sur les communications) va plus loin en mentionnant que ce logiciel, à l’instar de d’autres types de média, contribuent à l’émergence d’un nouveau mode de langage universel, soit le langage visuel (anglais : visual language). Ce mode de communication se définit comme étant l’intégration simultanée de différents éléments de communication comme du texte, des images et des formes (ex. : flèches, schémas, diagrammes, etc.). Selon ce chercheur, cette combinaison d’éléments faciliterait la communication en plus de favoriser grandement les apprentissages (Horn, 2001). En ce sens, la conception de diapositive sur PowerPoint® permet justement l’intégration des divers éléments de communication mentionnés précédemment. Du point de vue de la psychologie, le système cognitif encode avec une grande facilité les images, ce qui permet une mémorisation à long terme de ce type de message. Si certains détails de l’image échappent à la perception, les éléments textuels devraient pallier à ce problème et faciliter à son tour l’encodage de l’information (Harvey, 2004). Dans cette optique, une présentation intégrant divers éléments de communication devrait être bénéfique pour l’apprenant si la prestation de l’enseignant ne repose pas uniquement sur ce type de média.


Innovation pédagogique?

À la lumière de toutes ces informations, peut-on finalement parler d’une façon innovatrice de présenter le contenu disciplinaire aux étudiants ou tout simplement d’une méthode traditionnelle d’enseignement adaptée au goût du jour ? À mon avis, la réponse à cette question reste en suspend puisque l’impact (positif ou négatif) des présentations informatisées sur les apprenants sera intimement lié à la façon dont l’enseignant les construit et les utilise dans ses cours. En définitive, PowerPoint® n’est qu’un outil et comme n’importe quels outils, il peut être utilisé brillamment ou de façon médiocre (Raymond, 2001). Toutefois, si l’envie vous prend d’intégrer cet outil pédagogique dans votre enseignement, lisez attentivement les lignes qui suivent afin d’éviter de tomber dans certains pièges liés à l’utilisation de ce logiciel ou encore, pour vous diriger vers des sites qui vous guideront quant à la conception de présentations claires, structurées et riches en contenu.


Pièges communs et conseils pratiques

  • Évitez la sur-utilisation d’animations ou de transitions dans votre diaporama. Certains présentateurs n’hésitent pas à faire exploser chaque élément nouveau apparaissant à l’écran en plus de faire tourbillonner les images lors de leur apparition. Le tout, bien sûr, est accompagné d’effets sonores saugrenus ! La simplicité à bien meilleur goût. Il faut toujours mettre l’accent sur le contenu avant l’aspect visuel.
  • Évitez de surcharger vos diapositives. Si vous devez expliquer un élément assez étoffé, pourquoi ne pas concevoir deux ou trois diapositives sur le sujet plutôt que de tenter de regrouper le tout sur une seule.
  • Privilégiez les phrases courtes plutôt que du texte continu. La lecture de vos diapositives en sera facilitée.
  • Choisissez des couleurs contrastées (ex. : un fond foncé avec du texte pâle ou du texte foncé avec un fond très pâle) et qui bien sûr, s’harmonisent très bien entres elles (couleurs complémentaires).
  • Choisissez une police de style classique et dont les lettres sont détachées. La lecture par les apprenants en sera également facilitée. Pensez aux étudiants assis dans le fond de la classe ou à ceux qui sont myopes. À cet effet, ajustez la taille du lettrage en conséquence afin que votre présentation soit bien vue de tous.
  • Utilisez des images, des schémas, des effets sonores, des animations ou des vidéos pour soutenir l’intérêt des étudiants. Toutefois, n’oubliez pas de faire preuve de modération. Chaque élément de votre présentation doit poursuivre un but précis.

En terminant, je vous suggère fortement de prévoir une solution de rechange au cas où un problème surviendrait (bris de matériel, projecteur et ordinateur non disponibles, etc.). Comme la liste des recommandations pourrait facilement s’éterniser, je m’arrêterai ici. Toutefois, je vous invite à suivre les liens ci-dessous, d’où j’ai tiré ces quelques conseils. Bonne présentation !


Liens utiles

S. Brooks & B. Byles. « Helping Teachers Use The Internet Effectively: Microsoft PowerPoint ».
http://www.internet4classrooms.com/on-line_powerpoint.htm

G. Collaud & H. Platteaux. « Utilisez PowerPoint pour votre enseignement ».
http://nte.unifr.ch/IMG/pdf/AtelierPowerPoint_040512.pdf

HEC Montréal. « Formation – PowerPoint ».
http://web.hec.ca/virtuose/index.cfm?page=279

G. Nault & G. Therriault. « Guide pour l'élaboration d'une présentation PowerPoint ».
http://www.unites.uqam.ca/doctedu/powerpoint.html


Références

Atkinson, C. (2004). The visual language of PowerPoint: Q&A with Bob Horn. [Page consultée le 25 février 2005] à l’adresse
http://www.sociablemedia.com/articles_horn.htm

Brooks, S. & Byles, B. (non daté). Helping Teachers Use The Internet Effectively : Microsoft PowerPoint. [Page consultée le 19 février 2005] à l’adresse
http://www.internet4classrooms.com/on-line_powerpoint.htm

Collaud, G. & Platteaux, H. (2004). Utilisez PowerPoint pour votre enseignement. [Page consultée le 19 février 2005] à l’adresse
http://nte.unifr.ch/IMG/pdf/AtelierPowerPoint_040512.pdf

Harvey, D. (2004). Exploitation pédagogique des différents médias dans les systèmes d’apprentissage multimédias. International Journal of Technologies in Higher Education, 1(2), p. 21-26.

HEC Montréal. (2003). Formation – PowerPoint. [Page consultée le 19 février 2005] à l’adresse
http://web.hec.ca/virtuose/index.cfm?page=279

Horn, R. E. (2001). Visual Language and Converging Technologies in the Next 10-15 Years (and Beyond). [Page consultée le 27 février 2005] à l’adresse
http://www.stanford.edu/~rhorn/a/recent/artclNSFVisualLangv.pdf

Keller, J. (2003). Is PowerPoint the devil? [Page consultée le 25 février 2005] à l’adresse
http://faculty.winthrop.edu/kosterj/WRIT465/management/juliakeller1.htm

Lebrun, M. (2004). La formation des enseignants aux TIC : allier pédagogie et innovation. International Journal of Technologies in Higher Education, 1(1), p. 11-21.

Maranjian, S. (2003). Microsoft’s PowerPoint Assailed. [Page consultée le 19 février 2005] à l’adresse

http://www.fool.com/news/mft/2003/mft03121901.htm

Nault, G. & Therriault, G. (2004). Guide pour l'élaboration d'une présentation PowerPoint. [Page consultée le 15 février 2005] à l’adresse
http://www.unites.uqam.ca/doctedu/powerpoint.html

Peraya, D. (2000) TICE et formation. Quelques enseignements de L’expérience. [Page consultée le 19 février 2005] à l’adresse
http://tecfa.unige.ch/tecfa/publicat/peraya-papers/2000_bastia.pdf

Raymond, J. (2001). Avoiding PowerPointlessness. [Consulté le 19 février 2005] à l’adresse
http://www.newcurriculum.com/script/printpage/.php

Riente, R. & Ouellet, A. (2005). N’avoir que les TIC et l’aire d’aller : TIC et multimédia à l’école. Québec, Québec français, 137, p.60-61.

Schoomer, E. (2005). A Brief History of Education and Classroom Technology: It's All About the Furniture! [Page consultée le 25 février 2005] à l’adresse

http://www.lehigh.edu/~inllnote/HistoryofEducation.htm

Tufte, E. (2003) PowerPoint is evil. [Page consultée le 19 février 2005] à l’adresse
http://www.wired.com/wired/archive/11.09/ppt2.html

Villeneuve, S. (2004). Les logiciels de présentation en pédagogie : Efficacité de l’utilisation des logiciels de présentation en pédagogie universitaire. International Journal of Technologies in Higher Education, 1(1), p. 49-53.

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