2006-03-16

Les TIC en enseignement de l’histoire au collégial : passé, présent, avenir

© Mélanie Morin 2006

L’utilisation de la technologie en éducation a souvent été une volonté populaire auprès de plusieurs penseurs depuis bon nombre d’années. Que l’on pense à la machine à enseigner la lecture de H. Chard, en 1809, inventée dans le cadre d’un manque d’enseignants ou, localement, au laboratoire LPI de 1969 du Ministère de l’Éducation du Québec, créé dans le but de favoriser les expériences pédagogiques avec les ordinateurs (Bordeleau, 1999), l’implantation de la technologie en enseignement a tantôt été considérée comme une solution à un problème, tantôt comme une nécessité dans l’évolution de la société.

Dans certains domaines, la technologie s’est frayée un chemin plus facilement que dans d’autres cas. Dans les disciplines à caractère scientifique, par exemple, ou en informatique, évidemment, le rôle des TIC a été très important. Avec l’utilisation de microscopes à la fine pointe de la technologie ou de programmes informatiques poussés, l’apprentissage a certainement été facilité. Mais qu’en est-il des sciences humaines ? Comment peut-on utiliser les TIC à bon escient dans une discipline telle que l’histoire, où l’apprentissage se compose majoritairement de faits et de concepts ? Les débuts de la technologie en histoire furent assez timides, je dois l’avouer, mais en ce début de XXIe siècle, les possibilités sont maintenant innombrables. Nous verrons d’ailleurs quelques exemples de succès d’utilisation des TIC en éducation.

Le passé : les années 1970-1980

Bien avant l’arrivée des technologies dans les cours d’histoire, une seule méthode d’enseignement était utilisée : le cours magistral. L’étude de textes et de sources historiques était également à l’ordre du jour (Serge Y. Roy, 2005). Après la révolution de l’audiovisuel, les choses ont tout de même tardé à changer concernant les cours d’histoire. Toutefois, les diapositives, les rétroprojecteurs, les bobines de films et les vidéos ont doucement fait leur entrée dans le monde collégial en histoire (Serge Y. Roy, 2005).

Selon l’expérience des professeurs Louis Lafrenière et Lorne Huston, du Collège Édouard-Montpetit, la véritable révolution fut celle du traitement de texte, qui a relégué l’utilisation de la machine à écrire aux oubliettes. La possibilité de créer leurs propres tableaux avec Exel, de retravailler un texte déjà écrit, de changer la mise en page de documents et, très important, de pouvoir tout imprimer, fut pour eux une véritable révélation.

En fait, je crois que la faible utilisation des TIC en enseignement de l’histoire dans les années 1970-1980 fait écho à la tradition d’enseignement magistral : on a utilisé la technologie à ce moment pour enrichir le cours magistral, pour permettre aux étudiants de mettre une image sur un concept, par exemple. Jamais il n’a été question de révolutionner l’enseignement de la discipline historique. La réforme de 1993 dans les cégeps proposera de nouvelles idées, dont l’approche-programme, mais la difficulté avec laquelle elle a été implantée n’a surtout pas aidé les professeurs de sciences humaines à se familiariser avec d’autres méthodes d’enseignement que le cours magistral.

Le présent : les années 1990-2000

Après la réforme, et avec l’arrivée sur le marché du travail de nouveaux enseignants issus d’une formation pédagogique plus axée sur le socioconstructivisme, l’utilisation des TIC s’est plutôt généralisée. Graduellement, nous sommes passés des diapositives à l’utilisation de PowerPoint dans la diffusion de matériel visuel en histoire.

Les enseignants bénéficient également de ressources en ligne pouvant contribuer à augmenter la valeur de leur enseignement. Des sites Web ont été créés, où les enseignants d’une discipline peuvent prendre contact entre eux pour se consulter selon leurs domaines de spécialisation. En France, dès 1996, le site H-Français
est créé (issu de la liste Clio) (Les Clionautes, 2005). Il s’agit en fait d’une communauté virtuelle débattant et échangeant sur plusieurs sujets à caractère historique. Pour participer, il faut s’abonner à partir du site.

Dans un autre ordre d’idée, les enseignants peuvent également utiliser les bases de données. Les professeurs Louis Lafrenière et Lorne Huston, du Collège Édouard-Montpetit, en ont d’ailleurs créé une, et ils travaillent actuellement sur un logiciel qui pourrait être utilisé en enseignement de l’histoire. Selon eux, les bases de données permettent de regarder les faits historiques sous différents angles et de faire des liens entre les idées générales et les concepts avec les hyperliens, notamment (Serge Y. Roy, 2005). Cependant, l’investissement en temps et en énergie est très élevé, malgré l’effet d’accumulation de l’utilisation de la technologie. Même si le matériel produit peut être réutilisé d’une session à l’autre (avec quelques ajustements), le temps de production reste un « travail invisible » et l’utilisation des TIC provoque un stress pour les enseignants. Malgré tout, avec l’utilisation des bases de données, les concepts deviennent moins abstraits pour les étudiants. Au niveau des hyperliens, un site qui en fait une utilisation remarquable est l’encyclopédie Wikipedia
. Bien que ce ne soit pas un site Web propre à l’histoire, il est très utilisé par les étudiants pour enrichir le contenu appris en classe. Lorsque l’on effectue une recherche, tous les concepts, noms de personnes importantes, noms de villes, etc. constituent un hyperlien menant à une page les expliquant. Donc, si on veut approfondir la matière, on clique sur le lien, sinon on continue la lecture. Il s’agit donc d’une ressource exceptionnelle que l’utilisation des TIC en enseignement de l’histoire a facilitée.

Pour les étudiants, l’utilisation des TIC en histoire peut être très positive. Par exemple, ceux qui n’osent pas poser de question en classe peuvent envoyer leur demande à l’enseignant par courriel. Pour Lafrenière et Huston, les nombreuses heures de disponibilité d’autrefois à se sentir improductif à son bureau (parce que les étudiants ne se présentaient pas) sont révolues (Serge Y. Roy, 2005). Le courriel permet un contact plus personnel, familier avec les étudiants selon Lafrenière et Huston.

Internet est donc utilisé en histoire dans trois buts principaux : comme « outil de documentation » (recherches), comme « outil de communication » (forums de discussion, travail à distance) et comme « outil de production » (production de pages Web) (Les Clionautes, 2005). D’ailleurs, au niveau des TIC, c’est Internet qui remporte la palme en histoire, car il est la technologie la plus utilisée en enseignement, bien plus que les outils multimédia (Les Clionautes, 2005). Un excellent exemple d’utilisation d’Internet comme ressource en histoire est le site Histoire-Hypermédia
. Bien que conçu pour la communauté universitaire et les historiens, il m’était impossible de passer sous silence un outil d’une telle ampleur. Ce site, utilisé pour les recherches bibliographiques, a été conçu conjointement par les départements d’histoire de l’Université de Montréal, de l’UQÀM et de l’Université Laval. Il recense des centaines d’ouvrages encyclopédiques, de manuels, de synthèses, d’atlas historiques et d’ouvrages bibliographiques que les historiens peuvent retrouver dans l’une ou l’autre des bibliothèques des universités mentionnées. Il s’agit d’un véritable bijou de la technologie en histoire, puisqu’il facilite la recherche et en augmente l’efficacité. Assurément, il serait bon de créer un site semblable pour la communauté collégiale.

Un deuxième exemple d’utilisation intéressante (et originale) d’Internet en histoire est le projet de mémoire de maîtrise de Mathieu Rocheleau, étudiant à l’Université de Sherbrooke. Son étude consiste en une « analyse architecturale et historique s’appuyant sur la reconstitution virtuelle du temple d’Athéna à Poseidonia » (Profetic 2005). Dans le but de montrer pourquoi cette région a été le théâtre de créations architecturales différentes que celles de la Grèce traditionnelle et de comprendre les échanges culturels de l’époque, il s’est appuyé sur la modélisation en 3D relatée sur le Web (Profetic 2005). Ce genre de projet utilisé en enseignement pourrait devenir un élément très motivant pour les étudiants, en plus de faciliter leur compréhension. Je ne dis pas que les étudiants devraient effectuer des modélisations sur Internet, mais que l’enseignant soit capable de leur présenter une activité comme celle-ci pourrait à coup sûr éveiller leur intérêt pour la matière. Bref, je crois qu’il faut commencer à sortir des sentiers battus en histoire pour montrer aux étudiants que le cours magistral n’est pas la seule façon d’apprendre les faits et les concepts. Bien que la réforme ait eu lieu il y a plus de dix ans au niveau collégial, il reste encore beaucoup à faire pour changer les mentalités dans les domaines considérés plus traditionnels en enseignement, comme l’histoire.

L’avenir : le XXIe siècle

Nous avons vu comment les TIC ont fait leur entrée dans le monde scolaire collégial, plus particulièrement en histoire. Nous avons également vu la situation actuelle, qui permet une utilisation accrue d’Internet dans la discipline historique au collégial. Que nous réserve donc l’avenir au niveau de l’utilisation des TIC en milieu scolaire ? Est-ce que les changements au niveau de la clientèle étudiante depuis plusieurs années influenceront une fois de plus les méthodes d’enseignement ? Il y a fort à parier que oui, puisque les institutions se doivent de s’adapter à leur clientèle. Cependant, la génération Y et son successeur ont grandi avec la technologie et c’est en grande partie pourquoi la popularité de l’utilisation des TIC en enseignement ne se dément pas et pourquoi elle est devenu une nécessité. Je crois alors que dans le domaine historique, avec la venue de nouveaux enseignants sur le marché du travail, l’utilisation de la technologie sera sans cesse grandissante. Les résultats seront-ils plus positifs que négatifs ? Je pense sincèrement que le premier l’emportera sur le second.


Médiagraphie


Bordeleau, Pierre (1999). Le développement des applications des technologies en éducation. [consulté le 10 mars 2006] à l’adresse
http://www.scedu.umontreal.ca/sites/histoiredestec/histoire/chap11.htm.

Histoire-Hypermédia (2005). [consulté le 10 mars 2006] à l’adresse
http://www.h-h.ca/navigation/index.php.

Le Marec, Yannic, et al (2001). Enseigner l’Histoire-Géographie en salle multimédia : un nouveau métier ? [consulté le 10 mars 2006] à l’adresse
http://www.ac-nantes.fr:8080/peda/disc/histgeo/pedago/inrp/nantes.htm.

Les Clionautes (2005). Internet et l’enseignement de l’histoire. Réflexion d’un Clionaute. [consulté le 10 mars 2006] à l’adresse
http://www.clionautes.org/article.php3?id_article=219.

Profetic (2004). Intégrer les TIC dans l’activité enseignante. [consulté le 10 mars 2006] à l’adresse
http://profetic.org/article.php3?id_article=6675&var_recherche=enseignement+histoire+tic#nh1.

Profetic (2005). Le potentiel pédagogique des TIC dans la diffusion d’un contenu historique. [consulté le 10 mars 2006] à l’adresse
http://profetic.org/article.php3?id_article=7317&var_recherche=histoire+tic.

Roy, Serge Y. (2005). Une histoire d’intégration des technologies de deux profs d’histoire ! [consulté le 10 mars 2006] à l’adresse
http://site.profweb.qc.ca/index.php?id=108&tx_profwebpratiques_pi1%5Buid%5D=1393.

Soulet, Jean-François, dir (2001). L'informatique dans l'enseignement de l'histoire et la formation des historiens : actes du Ve Colloque national de l'Association française pour l'histoire et l'informatique, 3 & 4 novembre 1998, Université de Toulouse-Le Mirail. Paris, Harmattan.

Tardif, Jacques (1999). L'enseignement de l'histoire face aux défis des technologies de l'information et de la communication : symposium, 25-27 mars 1999 Andorre-la-Vieille (Andorre) : rapport général. Strasbourg, Conseil de l’Europe.

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