2006-03-13

Le protocole, une formule pédagogique à découvrir !

(c) 2006, Samuel Greaves.

L’enseignement a vu se développer une multitude de formules pédagogiques au fil du temps. Certaines méthodes sont plus traditionnelles, comme l’exposé magistral et la démonstration. Heureusement, aujourd’hui avec les technologies qui sont mises à notre disposition, les méthodes d’enseignement sont des plus variées et des plus avant-gardistes. Pour mon sujet d’article, j’ai donc décidé de vous parler plus en détails de l’enseignement par le protocole. Vous allez voir, au bout du texte, le protocole n’aura plus de secrets pour vous. Vous serez en mesure de prendre ce qui a de bon pour vous dans cette méthode afin de l’incorporer à votre enseignement!

Définition du protocole

Le protocole est défini comme un « Enregistrement oral, écrit ou visuel d’une situation réelle pour fins d’analyse et de critique. » (Chamberland, Lavoie et Marquis, 1995, p. 59). Tandis que Thiagarajan (1980) décrit plutôt cette formule pédagogique comme « … an authentic, replayable record of interactive behavior in it’s uninterpreted form. ». Il semble donc qu’un protocole est un enregistrement pouvant prendre différentes formes, dont l’objectif est de saisir une situation (par exemple, une performance sportive) dans son état le plus brut. Par la suite, le tout sera analysé soit par le professeur ou l’étudiant.

Prenons le temps d’approfondir davantage la définition de Thiagarajan sur le protocole pour en comprendre les subtilités. Il est important de comprendre que l’enregistrement doit impliquer une interaction entre deux personnes pour parler d’un protocole. Par exemple, si un enregistrement vidéo nous montre un enseignant démontrant un mouvement ou une procédure, nous ne pouvons parler de protocole mais plutôt de « modeling » ou de démonstration. Il faut aussi savoir que « le protocole n’interprète pas ou n’explique pas l’interaction qui a été enregistré. » (Thiagarajan, 1980, p. 32). Il est par contre un instrument valide pour évaluer et analyser une situation. Ce que nous recherchons ultimement c’est « analyser des situations réelles incluant toutes les distractions qu’on retrouve normalement, ce qui en fait un outil idéal pour tester les habiletés des étudiants à appliquer des concepts pour analyser et résoudre une situation complexe.» (Thiagarajan, 1980, p. 30). Je crois que le protocole a avantage à être utilisé dans toutes situations ou des interactions sont nécessaires. Cela veut dire que cette méthode gagne à être connu par tous les futurs enseignants et enseignants actuels!

Le protocole et l’enregistrement audio (magnétophone)

Parlons premièrement du protocole et de l’utilisation du magnétophone. Celui-ci représente un enregistrement oral d’une situation réelle. Par exemple, nous pouvons penser à l’utilisation des fameuses « boîtes noires » qu’on retrouve dans les avions qui enregistrent toutes les conversations des pilotes. La boîte noire pourrait être utilisée à des fins d’analyse d’une situation problématique où le pilote a pu faire une erreur. L’étudiant en aviation pourrait avoir à trouver la ou les manœuvres qui ont causé le problème et ainsi déterminer des pistes de solutions possibles. Avec l’enregistrement audio, l’étudiant peut ré-écouter la situation et prendre des notes. On peut penser aussi au défibrillateur externe automatisé (DEA) utilisé en combinaison avec la méthode RCR pour réanimer une victime. On retrouve le même type de « boîte noire » dans cet appareil pour que le médecin en charge puisse analyser les conversations des intervenants. Donc, une classe d’étudiant en médecine pourrait avoir à analyser un protocole réel avec les contraintes que le milieu imposait. Voilà seulement quelques exemples concrets d’utilisation possibles du magnétophone.

Nous pouvons aussi penser à l’entrevue entre un expert dans un domaine et un journaliste. L’utilisation du magnétophone (enregistrement audio) ou du calepin (enregistrement écrit) représente le protocole utilisé dans cette situation. Il existe trois types distincts d’entrevues : l’entrevue non-structurée, semi-structurée et structurée. La première formule « permet d’explorer un domaine. Par contre, c’est une méthode inefficace pour obtenir de l’information détaillée. Toutefois, cela peut être utile pour une entrevue générale quand on en connaît peu sur le sujet. Une entrevue semi-structurée combine des questions structurées avec une période prévue pour intégrer des questions supplémentaires par la suite. Les questions sont envoyées avant l’entrevue à l’expert pour qu’il puisse préparer des réponses. C’est souvent le style préconisé d’entrevue parce qu’il permet à l’expert de se concentrer sur les questions-clés et d’éviter de donner de l’information non nécessaire. Tandis que l’entrevue structurée n’alloue aucune souplesse à l’intervieweur. Il doit poser les questions telles que pré-établies. » (voir la deuxième référence bibliographique). À mon avis, il est possible d’utiliser la formule d’entrevue qui sera le mieux adaptée aux types d’apprentissages que je désire faire atteindre aux étudiants, suite à l’écoute de l’enregistrement audio.

L’utilisation du protocole en éducation physique

Dans le cas qui nous intéresse ici, les habiletés motrices représentent le « nerf de la guerre » et sera le sujet traité aujourd’hui. Prenons par exemple un élève se retrouvant dans un cours de badminton au collégial. Disons que celui-ci a développé au fil de sa pratique de mauvais patrons moteurs et cela a pour répercussion d’affecter l’efficacité de son dégagé. S’il prenait conscience de sa mauvaise exécution, il pourrait être en mesure d’amener les correctifs nécessaires. Voici l’un des avantages du protocole dans l’enseignement d’habileté motrice : « la possibilité de prendre du recul sur sa propre performance. » (Chamberland et al, 1995, p. 60). L’enseignant peut filmer l’élève en action. Par la suite, celui-ci pourra analyser sa performance et visualiser les correctifs à apporter pour obtenir le maximum de son dégagé. Évidemment, l’enseignant devra guider l’étudiant dans ses correctifs en lui faisant une démonstration et en arrêtant la vidéo aux positions clés de l’exécution. L’étudiant peut revoir sa performance à plusieurs reprises, voilà un avantage immense compte-tenu de la capacité limitée de la mémoire. Nous pouvons dire que « l’enregistrement devient son outil d’apprentissage. » (Chamberland et al, 1995, p. 59).

À plus grande échelle, je crois même que l’enseignant pourrait utiliser l’enregistrement vidéo en début de session pour filmer l’exécution d’un mouvement ou d’une situation de jeu. Ensuite, les étudiants pourraient se visionner dans l’action et il serait possible de les re-filmer plus tard dans les mêmes contextes. L’enseignant aura un outil tangible de correction et de comparaison du travail écrit en visionnant la vidéo des deux performances. Il est certain que le processus « exige beaucoup de temps pour réaliser les enregistrements. » (Chamberland et al, 1995. p. 61). L’étudiant devrait produire une réflexion personnelle sur la progression de sa stratégie de jeu tout au long de la session. Cela force « l’apprenant à s’auto évaluer ou à évaluer ses pairs. » (Chamberland et al, 1995, p. 62). Donc, cela amène l’étudiant à trouver des pistes d’améliorations qui devront être testées sur le terrain pour en vérifier l’efficacité. En complément à l’enseignement fait par le professeur, l’étudiant peut faire de l’auto-formation si le sujet le passionne et qu’il désire en approfondir le contenu. Par exemple, dans ce cas-ci, il pourrait se procurer des vidéos éducatives mettant en action des professionnels du badminton. Ou, plus simplement, en trouvant des livres traitant du sujet. L’auto formation est une « méthode flexible » et « elle peut créer un contexte favorable à la formation continue. » (voir la troisième référence bibliographique). En d’autres termes, si l’étudiant est un mordu du badminton, il pourra poursuivre son apprentissage même une fois que ses cours au cégep seront complétés.

À mon avis, les bénéfices que nous pouvons en retirer sont immenses si le tout est bien fait. Par exemple, « Les vidéos facilitent l’illustration des principes généraux par l'utilisation d’un support verbal et visuel. » (voir la quatrième référence bibliographique). Dans l’exemple d’un cours de badminton, l’étudiant peut visualiser sa stratégie de jeu en action et voir ce qu’il pourrait amener comme changement pour être plus efficace. Par contre, il faut prendre des précautions pour s’assurer que l’enregistrement est bien orienté vers le contenu d’apprentissage. Elles « peuvent cacher une couverture superficielle de la matière derrière une mise en scène divertissante. » (voir la quatrième référence bibliographique).

« Le protocole peut être employé pour l’évaluation formative des apprentissages. L’apprenant doit avoir l’occasion de se reprendre afin de mettre à profit les nouvelles informations que le protocole lui a fournies sur sa performance. » (Chamberland et al, 1995, p. 62). Donc, une méthode efficace pour gérer des enregistrements vidéos d’étudiants serait de faire « de courtes prestations suivies par des écoutes ou des visionnements immédiats, le tout se répétant plusieurs fois, sont préférables aux longs enregistrements qui peuvent poser des problèmes de repérage des séquences pertinentes. » (Chamberland et al, 1995, p. 62).

En conclusion, nous avons pu voir que le protocole est une formule pédagogique vaste et méconnue mais qui utilise des médias accessibles dans le milieu de l’enseignement. L’utilisation du protocole pour des apprentissages d’habiletés motrices me semble un « incontournable » dans le domaine de l’éducation physique. Il est sûr qu’il peut être utilisé à plus grande échelle dans d’autres domaines grâce au magnétophone, par exemple. Peu importe votre finalité d’enseignement, il reflète bien une situation brute de la réalité. Il suffit de l’utiliser dans un contexte bien défini et je crois que le protocole pourra gagner en popularité !

Références bibliographiques

Chamberland, G., Lavoie, L., Marquis, D. (1995). 20 Formules pédagogiques. Québec : Presses de l’Université du Québec. p.59-63.

Epistemics (année inconnue). Protocol-generation techniques. [Consulté le 06 mars 2006] à l’adresse http://www.epistemics.co.uk/Notes/174-0-0.htm

La didacthèque internationale en management public (année inconnue).
L’auto-apprentissage. [Consulté le 06 mars 2006] à l’adresse http://www.enap.uquebec.ca/seminaires-nov98/methode/auto.htm

La didacthèque internationale en management public (année inconnue).
Les cassettes vidéo et les films. [Consulté le 06 mars 2006] à l’adresse http://www.enap.uquebec.ca/seminaires-nov98/methode/video.htm

Thiagarajan, S. (1980). Protocol Packages dans D.G. Langdon (dir.). The Institutional Design Library, 31. Englewood Cliffs, N.J.: Educational Technology Publications, Inc., p. 3-42.

0 Comments:

Publier un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home