2006-03-16

L'autoévaluation comme voie vers la métacognition en éducation physique

(c) 2006, Philippe Lefrançois-Gauvreau
À la base, la métacognition...
Depuis quelques années déjà, on parle beaucoup de la métacognition en enseignement et en apprentissage. Sa place se doit d’être très importante dans le cheminement scolaire d’un étudiant qui désire bien réussir. Il doit en être de même du côté de l’enseignant qui, à travers ses actions pédagogiques, veut favoriser au maximum les apprentissages de ses étudiants, en les guidant vers l’utilisation de la métacognition. D’ailleurs, Tardif (1992, p.60) nous dit que " la métacognition est une variable qui différencie les élèves qui réussissent et ceux qui éprouvent des difficultés d’apprentissage ". Pour résumer brièvement ce en quoi consiste la métacognition, disons qu’il s’agit d’un processus de questionnement personnel, faisant référence, toujours selon Tardif, à l’évaluation et la gestion de soi-même. Son importance en enseignement prend ici sa signification puisqu’un étudiant qui veut progresser et évoluer, dans le contexte scolaire, mais surtout dans la vie, doit arriver à s’évaluer et à se gérer de façon autonome, sans avoir constamment besoin de l’enseignant qui, dans une situation d’évaluation, ne devrait être qu’un outil accessoire. L’autoévaluation; une méthode d’enseignement qui repose sur ce principe de la métacognition, sera l’objet de cet article. Plus spécifiquement, il sera question de l’utilité et des utilisations possibles de l’autoévaluation dans l’enseignement de l’éducation physique au niveau collégial.
Des attitudes à développer
En parcourant le site web du Ministère de l’Éducation, on apprend que la formation générale, dont fait parti l’éducation physique, vise entre autre à développer des attitudes telles que l’autonomie, le sens critique et la conscience de ses responsabilités envers soi. Nous verrons immédiatement comment l’autoévaluation, comme méthode d’enseignement, peut permettre le développement de ces attitudes. Comme cela a été mentionné précédemment, l’autonomie est à la base même de la métacognition. Tout ce processus de réflexion sur soi ne relève en effet que de l’étudiant lui-même, le rôle de l’enseignant étant de l’engager dans ce processus de réflexion. L’autonomie est de la même manière fortement sollicitée dans un exercice d’autoévaluation. Le Ministère de l’Éducation de la Saskatchewan a d’ailleurs fait de l’autonomie une des principales cibles à atteindre dans le cadre des cours d’éducation physique. "L'apprentissage autonome a des implications dans le domaine de la prise de décision, car les individus sont censés analyser des problèmes, réfléchir, prendre des décisions et agir selon l'objectif qu'ils se seront fixé. […] Comme la plupart des aspects de la vie de tous les jours sont sans doute appelés à changer profondément, l'apprentissage autonome devrait permettre aux élèves de mieux s'adapter aux contraintes qu'imposent le travail, la famille et la société " (Auteur non mentionné). Il est évident que l’autoévaluation est une forme d’apprentissage autonome qui demande à réfléchir sur soi, s’auto-analyser, prendre des décisions et cela est d’autant plus vrai en éducation physique.
Le développement du sens critique est également une attitude qui sera développée par l’entremise de l’autoévaluation. Tout dépendant de sur quoi porte l’autoévaluation, l’étudiant aura en effet à démontrer un sens critique par son jugement qu’il portera sur ce qu’il évalue de lui-même. De plus, l’autoévaluation entraîne généralement une prise de décision qui se doit d’être critique tout en étant conséquente à l’évaluation faite.
La troisième attitude dont il a été question précédemment est en fait un des buts de l’autoévaluation. Celle-ci peut en effet permettre à un étudiant de prendre conscience de ses responsabilités envers lui-même. Prise de conscience serait un bon synonyme pour autoévaluation ou métacognition. Plus particulièrement, avoir la conscience de ses responsabilités envers soi est une attitude très importante en éducation physique, par rapport à tout ce qui a trait à la santé et aux habitudes de vie. L’autoévaluation serait un moyen des plus efficace pouvant être utilisé pour permettre à des étudiants de prendre conscience de ces responsabilités particulières qu’ils ont envers eux-mêmes, à savoir leur santé et leurs habitudes de vie.
La mise en application
Dans l’enseignement de l’éducation physique, l’autoévaluation peut être abordée selon un grand nombre de points de vue. On peut parler d’autoévaluation dans le cas d’un étudiant qui fait un examen ou un test seul et dont les réponses fournies lui permettront d’évaluer de façon autonome ses apprentissages ou ses connaissances. C’est l’application la plus courante de l’autoévaluation en enseignement et ce, pour tous les domaines. En éducation physique, son utilisation à cette fin pourrait être valable pour le contenu strictement théorique du cours et surtout pour vérifier les connaissances déclaratives. Par contre, cette utilisation de l’autoévaluation ne sera pas approfondie outre mesure, puisqu’il s’agit d’une utilité plus connue, plus classique et plus générale.
Ce sont des utilisations de l’autoévaluation plus appliquées à l’éducation physique qui seront retenues. On sait que l’enseignement de l’éducation physique au niveau collégial n’a rien à voir avec celui de l’éducation physique du niveau secondaire ou primaire. Au niveau collégial, beaucoup plus de temps de cours est prévu pour l’enseignement d’un contenu théorique relatif à la santé. D’ailleurs, le Ministère de l’Éducation a établit que l’éducation physique au CÉGEP " a pour objet […] le développement de la personne pour elle-même ainsi que l’adoption de comportements responsables en matière de santé et de mieux-être ". Dans ce sens, l’autoévaluation devient alors une méthode d’enseignement très importante. Pour adopter des habitudes de vie saines à la santé, les étudiants doivent pouvoir prendre en considération leur état de santé actuel de même leurs principales habitudes de vie. Le meilleur moyen pour leur permettre d’y arriver est sans contredit l’autoévaluation. Un questionnaire qui permet d’évaluer ses habitudes de vie; un journal de bord permettant de relever ses habitudes de consommation; des tests pour évaluer sa condition physique actuelle; des mesures permettant d’évaluer sa composition corporelle sont autant d’exemples d’autoévaluations qui peuvent permettre à un étudiant de poser un regard critique sur sa propre personne. L’autoévaluation peut aussi aller plus loin et déborder des cadres du cours. Des autoévaluations telles que celles qui viennent d’être mentionnées peuvent se faire sur une base quotidienne alors qu’un étudiant jugera si un tel comportement est sain pour sa santé, et cela pour le restant de sa vie. D’où l’importance de fournir aux étudiants une bonne base, si nous voulons que l’adoption d’un comportement responsable en matière de santé et de mieux-être soit durable. Toujours par rapport à l’autoévaluation des habitudes de vie et de santé physique, le fait de les évaluer concrètement, permet par ailleurs d’augmenter leur capacité de mettre en application des concepts théoriques qui s’y rattachent. Par exemple, un étudiant qui sait que l’activité physique est importante est une chose. Mais le fait d’avoir évalué que son propre niveau d’activité physique n’était pas assez élevé et de savoir alors que cela peut représenter des risques pour sa santé, risquent davantage d’avoir des répercussions sur cette habitude de vie.
Les cours d’éducation physique de niveau collégial ont certes leur partie théorique, mais ils ont bien sur également leur partie pratique. L’autoévaluation peut aussi être utilise dans l’enseignement du domaine psychomoteur. Apprendre à maîtriser un geste technique sportif demande généralement beaucoup de pratique. Le plus souvent, l’enseignant agira à titre de modèle pour démontrer efficacement le geste technique, puis les étudiants tenteront à leur tour de l’effectuer et essaieront enfin de l’améliorer selon les feedbacks donnés par l’enseignant. Dans l’apprentissage d’un geste, il y a une procédure à suivre avec plusieurs points à surveiller. Ces points sont préalablement expliqués par l’enseignant qui tente de construire un schéma moteur chez ses étudiants. Quand ces derniers connaissent les étapes à suivre d’un geste technique de même que les points à surveiller, ils peuvent ensuite arriver à se servir de l’autoévaluation pour s’améliorer. Suite à l’exécution de geste, l’étudiant évalue s’il a suivi les étapes correctement pour effectuer le geste. Il peut aussi se poser des questions à savoir si chacun des points à surveiller ont été respectés. Le rôle de l’enseignant sera surtout de s’assurer que l’étudiant peut arriver à faire l’évaluation de son geste technique de façon autonome en clarifiant bien tout ce qui est important de faire et de vérifier. Une grille d’autoévaluation incluant les points importants d’un geste technique peut être utile pour s'assurer que rien n’est oublié. L’autoévaluation peut également se faire par le visionnement du geste de l’étudiant qui est filmé et cela devient alors plus visuel que seulement sensori-moteur. Par contre, par rapport à ce point, il est à noter qu’on ne veut tout de même pas que l’étudiant en soit dépendant et qu’il n’arrive pas à s’autoévaluer sans support visuel.
Pour conclure cet article, disons l’autoévaluation est une méthode d’enseignement qui peut être utilisé selon un bon nombre d’usages. L’autoévaluation peut facilement être organisée de façon à en faire une activité métacognitive combien importante pour le développement d’un étudiant. Une définition particulière de la métacognition résume bien pourquoi l’autoévaluation devrait avoir une place de choix dans l’enseignement de l’éducation physique : " La métacognition c’est une compétence à se poser des questions pour se planifier, s’évaluer constamment avant, pendant et après une tâche et se réajuster au besoin. " Si nous ramenons cette définition à des contenus relatifs à la santé et à l’activité physique, cela s’apparente assez explicitement à plusieurs des éléments de compétence que définis le Ministère de l’Éducation et que doivent tenter de développer les étudiants dans les 3 cours d’éducation physique. Tardif (1992, p.60) nous dit par ailleurs que " la métacognition est imbriquée dans le développement cognitif et que, en conséquence, elle représente un type de connaissance qui se développe avec l’expérience et la scolarisation ", d’où l’importance d'en faire usage régulièrement et efficacement afin de donner les moyens aux étudiants de la maîtriser. Tout cela se faisant dans un contexte utile pour les étudiants; celui de la prise en charge de sa santé, pour la vie.

BIBLIOGRAPHIE
Auteur non mentionné (1988). Introduction aux apprentissages essentiels communs: Manuel de l'enseignant, p. 53. Tiré du site Internet : Ministère de l’Éducation de la Saskatchewan (1997), Méthodes d’enseignement. [consulté le 14 mars 2006] à l’adresse http://www.sasked.gov.sk.ca/docs/francais/edphysique/secondaire/method.html
Commission Scolaire de la Riveraine (année inconnue). Métacognition. [consulté le 13 mars 2006] à l’adresse http://weco.csriveraine.qc.ca/cemis/meta/meta.htm#Haut
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Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (2006). 0066 : Démontrer sa capacité à prendre en charge sa pratique de l'activité physique dans une perspective de santé. [consulté le 14 mars 2006] à l’adresse http://www.mels.gouv.qc.ca/ens-sup/ens-coll/Cahiers/cours-comp/comp.asp?NoObj=0066
Tardif, J (1992). Pour un enseignement stratégique. Éd. Logiques, 474 p.

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